Reliefs, Scénographie des restes (2)

..Extrait du Trésor de la Langue Française Informatisé

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RELIEF 1, subst. masc.
I.  Gén. au plur. Ce qui reste d’un repas, d’un plat. Les reliefs d’un festin, d’un plat, d’un poulet.(…) Pendant qu’on leur servait un potage réchauffé et les reliefs de la table d’hôte, ils [les Tarasconnaismangeaient gloutonnement(A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p. 222).
Rem. S’emploie le plus souvent au plur., cependant le sing. est usité aussi: Voilà un beau relief, il reste les trois quarts du poulet (LITTRÉ).
II.  DR. FÉOD. Droit que le vassal payait à son seigneur, lors de certaines mutations, ainsi dit parce que le vassal, par ce droit, relevait le fief«  (LITTRÉ). On pouvait éviter un droit aussi onéreux en versant chaque année une rente au suzerain; on était alors en régime de relief abonné (FÉN. 1970).

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Reliefs, Scénographie des restes (2)

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Reliefs. Le mot est très beau.

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Ici les reliefs d’une simple salade composée. Et toujours le même protocole pour cette scénographie des restes :

– Partir d’un plat unique, approprié différemment par chaque mangeur…

– Et apprécier la scénographie qui se met en place, dans la disposition des restes, des couverts, et ici, des dessins qu’ils esquissent au fond des assiettes …

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Tours, samedi 28 novembre, au restaurant Le Barjus. Six convives, français et espagnols ; classe moyenne sup ; entre 30 et 50 ans.

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A suivre, et à mettre en perspective :

Scénographie des restes (1)

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Passages : un ExpérimenTable dans le métro

Lundi 30 novembre 2009, 14h30 sur la ligne 6.


Rappel : ExpérimenTable : définition et manifeste

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.Un ExpérimenTable dans le métro …

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– Passages –

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Le choix du lieu : Investir un espace public symboliquement fort

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Déjeuner sur le pouce, prendre le métro :

– Des expériences du quotidien, dans les grandes métropoles.

– Des transitions rapides entre deux espaces/ entre deux moments.

– Comme des passages obligés ?

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Et pourtant : La table et le métro comme support potentiel du voyage ?

– Ligne 6, ligne aérienne, passage avec vue sur la ville …

A table, des ingrédients du quotidien, pourtant à l’origine synonymes de voyage : thé, ananas, humos, bretzel, tortillas, etc.

Mettre une table dans une rame de métro, c’était comme proposer une version moderne et dégradée du wagon-restaurant de l’Orient Express …

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Et puis combien d’artistes ont commencé dans le métro ?

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Un ExpérimenTable sans invité :

– Le métro n’est-il pas d’abord un espace de solitude ?.


Manger seule, donc.

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– Un espace de solitude, mais aussi un espace de passages collectifs, de flux, et d’anonymat.

Tenter de créer un contact, inviter des voyageurs anonymes à s’asseoir, à partager un morceau de vie, le temps d’un trajet.

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Un flux d’invités anonymes, saisis au passage, entre deux stations.

Peu à peu la rame s’anime, les visages s’éclairent.

Il passe quelque chose d’humain.

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Merci à Jérôme pour ces photos.

Si vous aussi vous y étiez, réagissez ! et si vous avez pris des photos, envoyez les-moi, je les ajouterai sur le site…

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NB : Cet ExpérimentTable prend également sens par effet de série.

A suivre, donc.


Voir aussi notamment :

ExpérimenTable, la bande-annonce

Aux Tuilleries avec Alice di Cagno

Sur Slick Débat, avec un spectateur et les participants du débat : Hélène Samuel, Marc Bretillot, Philippe Mayaux, Jean-Marie Hiblot, Frederic Adida et Fabrice Lextrait.

– Au 104, galerie Polaris/Elaine Levy Project, avec Elaine Lévy, autour du travail de Partick Guns

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Post-Scriptum :

Question de contexte 1.

Le métro est également un espace de pauvreté et de misère. Coïncidence du calendrier, cet ExpérimenTable s’est justement déroulé le jour de l’ouverture des Restos du Coeur. Offrir une performance et un repas aux voyageurs dans un tel contexte, était-ce lamenTable ? Hésitations. A mon sens pourtant, il aurait été vraiment indécent de jouer sur la corde humanitaire pour dresser cette table, de la placer dans un discours sur la soupe populaire, de jouer les mères Theresa d’un instant pour effacer toute mauvaise conscience.

Le combat social se joue ailleurs.

J’ai donc plutôt choisi d’assumer ma mauvaise conscience en dressant cette table.


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Question de contexte 2.

Récemment, le site de la RAPT annonçait un événement qui ajoutait une dimension nouvelle à ce projet d’ExpérimenTable :

Des grands chefs descendent dans le métro !

Du 3 au 5 novembre 2009, la RATP accueille trois grands chefs dont Eric Fréchon chef cuisinier au Bristol, qui vont réaliser des recettes pour les voyageurs dans une cuisine installée pour l’occasion à la station Miromesnil ligne 9 du métro.

Le principe : Rendre la grande cuisine accessible à tous en donnant des astuces afin de cuisiner « bien et pas cher », tel est le défi que trois grands chefs cuisiniers français relèveront à partir du 3 novembre…

Extrait du PDF de la RAPT (version intégrale disponible ici)

Lévi-Strauss et la gastronomie, patrimoines mythiques de l’humanité

Cet article a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, « revue culinaire sérieuse et moderne », n°1 (hiver 2009).

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Claude Lévi-Strauss et la gastronomie, patrimoines mythiques de l’humanité

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…… A l’heure des interrogations sur l’identité culturelle, l’uniformisation des pratiques, ou l’inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l’humanité, un deuil, suivi d’une question s’interposent : avez-vous lu Lévi-Strauss ?
…… Bien sûr, tout le monde connaît l’ethnologue de génie, véritable monument de la pensée du XXe siècle. On s’y réfère avec déférence, on le cite, on … – Oui, mais vous, l’avez-vous lu ?

…… Sa mort récente a été l’occasion de nombreux articles, publications, rééditions, notamment celle des Mythologiques : quatre volumes intimidants, tant qu’ils restent sur l’étagère, mais qui se révèlent par moments superbement éclairants pour penser la société contemporaine dans ses pratiques et ses problématiques alimentaires.

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« Petit traité d’ethnologie culinaire », in L’Origine des manières de table.

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…… Avant Lévi-Strauss, bien peu d’anthropologues s’étaient intéressés à la cuisine. Lui n’aura de cesse de rappeler qu’elle « constitue une forme d’activité humaine véritablement universelle : pas plus qu’il n’existe de société sans langage, il n’en existe aucune qui d’une façon ou d’une autre ne fasse cuire certains au moins de ses aliments.»1

…… Activité universelle donc, mais jamais uniforme, car « la cuisine d’une société est un langage dans lequel elle traduit inconsciemment sa structure »1. Ce qui signifie que, pour l’ethnologue, si « je suis ce que je mange », je suis d’abord et avant tout ce pourquoi je mange, et comment. – Distinction capitale, et qui permettrait de décentrer de nombreux débats. A aucun moment en effet, Lévy-Strauss ne s’intéresse à ce que mangent les indiens. Toute son attention se porte sur le sens et les raisons de leurs choix face à un ensemble d’éléments communs à différents peuples.

…… De même, pour analyser la cuisine française, sans doute faudrait-il s’interroger sur les lois inconscientes qui dictent nos choix. Avant d’être d’ingérée, toute nourriture est d’abord pensée, « culturée ». Dès lors, ne suis-je pas davantage français, anglais ou allemand par mes raisons et mes façons de manger, plutôt que par ce que je mange, qui ressemble de plus en plus à ce que mangent mes voisins ?

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in L’Origine des manières de table (p. 407).

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…… Par ailleurs, au moment où l’on s’occupe d’inventorier les plats français, comme l’ethnologue inventoriait les mythes, la lecture des Mythologiques offre des développements extrêmement féconds, en faisant justement de la cuisine un équivalent social du mythe.

…… En effet, de ce point de vue, chaque plat doit être compris comme le résultat d’une combinaison variable d’ingrédients, qui fonctionnent comme les unités du mythe (les mythèmes). Or, pour l’ethnologue, il ne s’agit pas de chercher la version originelle du mythe, ou de la recette. Au contraire, le sens est dans les variantes, qui expriment la logique inconsciente d’une culture. Ainsi, un débat sur les différentes versions d’un plat (par exemple, la blanquette de veau!) ne vaudrait que par les variations infinies qu’il exhume nécessairement.

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Le triangle culinaire : Cru, Cuit, Pourri, in L’Origine des manières de table (p406).

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…… Si la force des grands textes réside souvent dans leur capacité à répondre à des questions qu’ils ne posent pas, Les Mythologiques méritent une attention particulière. Les questionnements actuels de la gastronomie française y trouvent en effet un nouvel éclairage.
…… Et que dire des brillantes analyses de Lévy-Strauss sur le pourri, le cru et le cuit ? Elles déplacent singulièrement les polémiques qui entourent des produits comme le camembert au lait cru, entre autres fromages français, au profit des différences symboliques profondes qui les sous-tendent. On ne saurait trop en conseiller la lecture aux dirigeants européens, et aux services sanitaires américains…

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Du bon usage des mythes : du triangle culinaire au patrimoine de l’humanité

Relisons Claude Lévi-Strauss !

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Caroline Champion

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1. « Le Triangle Culinaire », L’Arc, p. 20. On note toutes les nuances et les précautions de la phrase de l’ethnologue, soucieux de préserver les « fleurs fragiles de la différence » de chaque société.

2. De L’origine des Manières de Tables , p. 411.

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Cet article sera approfondi et prolongé sur ce site dans le cadre de notre bibliothèque gustative et évolutive.

En effet, si la pensée structuraliste pose de nombreux problèmes, notamment quand il s’agit de penser l’histoire, certains textes de Lévi-Strauss mériteraient un commentaire plus précis. On pense notamment au premier chapitre de La Pensée Sauvage.

Et vous, vous feriez quoi avec des fleurs d’Orka ?

En baguenaude à Bruxelles,

Kam Yuen (Ancien Sun Wah), Rue de la Vierge Noire, 2-4 .

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Un sachet de fleurs, au milieu des légumes du rayon frais.

Fascinant.

L’étiquette de traduction indique sobrement :

Orka Flowers


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Exploration : Le coeur de la fleur est très dur, et contient des graines souples comme des pois, au goût simplement végétal.

Les pétales, en revanche, ont une saveur étonnante, acide, à mi-chemin entre le chou et la cranberry …!

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Tentative de cuisson : Plongée dans l’eau bouillante, la fleur cuit lentement, s’amollit, et colore son bain d’un rouge violacé …

Les saveurs se modifient assez peu, seul le goût des pétales est intéressant, pour son acidité fruitée.

En fait, un goût d’hibiscus !

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Bilan : De toute évidence, la fleur d’Orka est une cousine de l’hibiscus…

Ses pétales peuvent certainement s’utiliser dans une salade de fruit, pour faire une confiture, un sirop ou dans une recette à base de chocolat.

Et pourquoi pas en salé, avec une viande de gibier ?

Et vous, vous feriez quoi avec des fleurs d’Orka ?

Voir aussi la fleur d’Orka dans la galerie imaginaire


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