Comme la musique, la cuisine est un art du Temps : Brève synthèse sur la temporalité du goût

Chacun a pu faire l’expérience de la difficulté à parler du goût. Dépasser le stade du « mmm… c’est bon ! » pour tenter de cerner les nuances d’un plat, en saisir les qualités particulières … Fuyantes, mobiles, insaisissables sont les saveurs qui se déploient dans l’obscurité de notre bouche. Invisibles en tant que telles.

En effet, si le plat, dans ses formes et couleurs, s’offre à notre regard et s’épanouit dans l’espace, le goût, lui, est davantage une affaire de temps. A ce titre, comme lui, il n’est jamais directement sous nos yeux. – Du temps, nous ne voyons que les effets ; du goût, nous n’apercevons que les indices. Le moment de la dégustation est par nature aveugle, puisqu’aucun œil ne nous permet de voir ce qui se passe en bouche. Pas plus que la musique, art du temps par excellence, le goût ne se laisse voir ni décrire en un mot. Il nous arrive d’ailleurs de fermer les yeux pour mieux savourer ce qui se déroule en nous, pour mieux se mettre à l’écoute des saveurs : pour mieux prendre le temps du goût.

Pourtant, si le goût est d’abord une affaire de temps, il ne s’agit pas d’un temps unique et monolithique, mais bien plutôt d’un enchevêtrement de temporalités plus ou moins contradictoires. Autant de strates qu’il convient de démêler pour tenter de cerner la spécificité du goût.

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Le temps paradoxal de la dégustation

 

A priori, quoi de plus éphémère que la sensation gustative ? Voué à la mastication et à la destruction, le plat est par définition du côté du provisoire. Quelques minutes suffiront à le faire disparaître. Pourtant, si éphémère qu’elle soit, on parle souvent de « longueur en bouche » pour exprimer la durée du goût. Celle-ci varie du tout au tout en fonction de l’attention que nous lui consacrons.

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Retour sur la notion d’artiste : L’art et la cuisine comme pratiques collectives – A propos de l’exposition Raphaël au Louvre

Qu’est-ce qu’un artiste ? Souvent utilisé comme synonyme de créateur, voire de génie, le terme fait aujourd’hui figure de superlatif absolu, employé pour désigner une personnalité singulière, dotée d’une sensibilité exceptionnelle, exprimant sa vision du monde à travers des œuvres originales. L’artiste est alors généralement associé aux notions de style et de signature. Or, c’est cette mythologie contemporaine, tributaire d’une vision romantique de l’art que l’exposition « Raphaël – Les dernières années » au Louvre nous invite à reconsidérer.

En mettant en lumière le travail de l’atelier, cette exposition pose en effet des questions stimulantes pour réfléchir sur la notion d’artiste, à travers le cas du peintre. Elle peut être mise en perspective avec d’autres champs comme la musique, le cinéma, l’architecture, et, pourquoi pas, la cuisine, pour nous permettre d’approfondir l’image que nous avons aujourd’hui de l’artiste.


Raphaël, Autoportrait avec un ami (Giulio Romano ?), détail, 1519-1520.

L’artiste et son atelier

Venu a priori pour admirer le travail de Raphaël, le spectateur circule, ébloui, entre les chefs d’œuvre grands formats réunis dès la première salle : Saint Michel, Saint Georges, la Belle Jardinière ou encore la Madone aux poissons, autant de « masterpieces » qui méritent à eux seuls une visite de l’exposition. Mais voilà que face à la Sainte Cécile, en se penchant pour décrypter les minuscules étiquettes qui accompagnent chaque tableau, il découvre qu’il s’agit d’ « un des rares tableaux d’autel de la période tardive de Raphaël a avoir été peint en très grande partie par le maître lui-même » … ! Soudain plus attentif à lire les sous-titrages de l’exposition, il prend alors conscience que la plupart des tableaux exposés ne sont pas l’œuvre exclusive de Raphaël. Ou plutôt que la signature à laquelle nous attachons tant d’importance dissimule un travail essentiellement collectif, à l’opposé de notre vision de l’auteur, de l’artiste, du génie solitaire. En quoi une œuvre peut-elle donc être de Raphaël si ce n’est pas lui qui l’a peinte ? Voilà la question que le spectateur du XXIe siècle ne peut manquer de se poser.

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Denise A. Aubertin : Quand cette fois, c’est le livre qu’on cuisine …

Un hors piste à ajouter à notre série consacrée aux livres de cuisine : après Alice B. Toklas et Françoise Bernard, les « incunables culinaires » de Denise A. Aubertin, actuellement exposés à la Galerie Lara Vincy.

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3/ Denise A. Aubertin : Quand cette fois, c’est le livre qu’on cuisine …

… et qu’on expose

Soit une série de livres enrobés d’une pâte à base de farine, agrémentée de riz, de fruits secs, d’aromates ou d’épices, avant d’être mis à cuire, selon un protocole / recette  utilisé et décliné par l’artiste depuis 1974.

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Alice B. TOKLAS : Quand la recette de cuisine se fait littérature

Dans quelques mois paraîtra un Dictionnaire des femmes créatrices aux Editions des Femmes, sous la direction de Mireille Calle-Gruber, Béatrice Didier et Antoinette Fouque. Ce dictionnaire entend « témoigner de l’ampleur et de la diversité des productions des femmes, dans des domaines très vastes, sans limitation de dates ou de zones géographiques » : littératures, sciences, sports, esthétique  et … gastronomie.

Si je suis loin de partager les revendications féministes qui sous-tendent ce projet de dictionnaire, réunissant un ensemble de productions diverses sous la bannière d’une paire d’ovaires, la rédaction d’un certain nombre de notices de la section gastronomie constitue une excellente occasion de nous repencher un peu sur des œuvres oubliées ou mal connues.

– De quoi alimenter notre bibliothèque gustative et littéraire !

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1/ Le Livre de cuisine d’Alice B. Toklas :
Quand la recette se fait littérature


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A propos de l’exposition Nature et Idéal au Grand Palais

Hors piste, un mot à propos du vernissage de l’exposition Nature et Idéal au Grand Palais … 

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Mardi 8 mars, 11h, esplanade du Grand Palais.

Longues berlines noires, vitres teintées, services de sécurité, circulation bloquée, foule bigarrée. – De loin, on peut encore se demander qui a été invité à vernir l’exposition Nature et Idéal, consacrée à la peinture de paysage, à Rome, entre 1600 et 1650, pour provoquer une telle émeute !

Les choses se précisent à l’approche des marches de l’esplanade. Paparazzi et hordes de journalistes  ultras-lookés, talons excentriques et robes cosmiques. Défilé Chanel au Grand Palais. Télescopage inattendu avec le microcosme le plus hype de la mode.

Le passant reste interdit, ébloui par les flashs et vestes flashy. Les lunettes de soleil sont de rigueur. Impossible d’ignorer le concours de cuisses qui se joue sur les marches. Les parfums aussi se font la guerre.

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Votre exploratrice sur F3 dans Brèves de Trottoirs