Hommage à Jean de Léry : Histoire d’un fruict rapporté du Brésil

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Hommage à Jean de Léry : Histoire d’un fruict rapporté du Brésil

Parmi les arbres de la terre du Bresil, celui que les habitants nomment Feijoa sellowiana peut atteindre jusqu’à six mètres de hauteur, après des années de croissance lente. Entre juin et juillet, il donne des fleurs rouges et blanches, si délicates qu’on les croiraient orchidées. Et entre novembre et décembre, les habitants cueillent ses fruits extraodinaires, pour en faire du jus, du vin ou des compotes.

Feijoa est long de quelques centimètres seulement, d’une forme ressemblant à celle d’un kiwi vert, mais avec une peau qui rappelle davantage la mangue quant à sa texture. Dès qu’il est mûr, Feijoa dégage une odeur puissante, assez surprenante pour sa petite taille. Une fois ouvert, le fruit découvre une chair blanche assez ferme, légèrement granuleuse, et d’un goût des plus étonnants, puisqu’en le goûtant les yeux fermés, vous diriez que c’est une fraise des bois. Avec toutefois une nuance acidulée qui rappelle l’ananas, ou le kiwi.

Partant, je tiens ce fruit pour l’un des plus merveilleux qu’il m’ait été donné de goûter.


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Et sans doute l’un de ceux qui m’ont été le plus gentiment offerts …

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Voir aussi :

Jean de Léry, comment peut-on parler d’un goût ? (extrait de son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil)

Et un premier article consacré à la question de la mise en langage des saveurs, à partir de l’analyse de la méthode de Léry.

Lévi-Strauss et la gastronomie, patrimoines mythiques de l’humanité

Cet article a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, « revue culinaire sérieuse et moderne », n°1 (hiver 2009).

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Claude Lévi-Strauss et la gastronomie, patrimoines mythiques de l’humanité

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…… A l’heure des interrogations sur l’identité culturelle, l’uniformisation des pratiques, ou l’inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l’humanité, un deuil, suivi d’une question s’interposent : avez-vous lu Lévi-Strauss ?
…… Bien sûr, tout le monde connaît l’ethnologue de génie, véritable monument de la pensée du XXe siècle. On s’y réfère avec déférence, on le cite, on … – Oui, mais vous, l’avez-vous lu ?

…… Sa mort récente a été l’occasion de nombreux articles, publications, rééditions, notamment celle des Mythologiques : quatre volumes intimidants, tant qu’ils restent sur l’étagère, mais qui se révèlent par moments superbement éclairants pour penser la société contemporaine dans ses pratiques et ses problématiques alimentaires.

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« Petit traité d’ethnologie culinaire », in L’Origine des manières de table.

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…… Avant Lévi-Strauss, bien peu d’anthropologues s’étaient intéressés à la cuisine. Lui n’aura de cesse de rappeler qu’elle « constitue une forme d’activité humaine véritablement universelle : pas plus qu’il n’existe de société sans langage, il n’en existe aucune qui d’une façon ou d’une autre ne fasse cuire certains au moins de ses aliments.»1

…… Activité universelle donc, mais jamais uniforme, car « la cuisine d’une société est un langage dans lequel elle traduit inconsciemment sa structure »1. Ce qui signifie que, pour l’ethnologue, si « je suis ce que je mange », je suis d’abord et avant tout ce pourquoi je mange, et comment. – Distinction capitale, et qui permettrait de décentrer de nombreux débats. A aucun moment en effet, Lévy-Strauss ne s’intéresse à ce que mangent les indiens. Toute son attention se porte sur le sens et les raisons de leurs choix face à un ensemble d’éléments communs à différents peuples.

…… De même, pour analyser la cuisine française, sans doute faudrait-il s’interroger sur les lois inconscientes qui dictent nos choix. Avant d’être d’ingérée, toute nourriture est d’abord pensée, « culturée ». Dès lors, ne suis-je pas davantage français, anglais ou allemand par mes raisons et mes façons de manger, plutôt que par ce que je mange, qui ressemble de plus en plus à ce que mangent mes voisins ?

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in L’Origine des manières de table (p. 407).

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…… Par ailleurs, au moment où l’on s’occupe d’inventorier les plats français, comme l’ethnologue inventoriait les mythes, la lecture des Mythologiques offre des développements extrêmement féconds, en faisant justement de la cuisine un équivalent social du mythe.

…… En effet, de ce point de vue, chaque plat doit être compris comme le résultat d’une combinaison variable d’ingrédients, qui fonctionnent comme les unités du mythe (les mythèmes). Or, pour l’ethnologue, il ne s’agit pas de chercher la version originelle du mythe, ou de la recette. Au contraire, le sens est dans les variantes, qui expriment la logique inconsciente d’une culture. Ainsi, un débat sur les différentes versions d’un plat (par exemple, la blanquette de veau!) ne vaudrait que par les variations infinies qu’il exhume nécessairement.

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Le triangle culinaire : Cru, Cuit, Pourri, in L’Origine des manières de table (p406).

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…… Si la force des grands textes réside souvent dans leur capacité à répondre à des questions qu’ils ne posent pas, Les Mythologiques méritent une attention particulière. Les questionnements actuels de la gastronomie française y trouvent en effet un nouvel éclairage.
…… Et que dire des brillantes analyses de Lévy-Strauss sur le pourri, le cru et le cuit ? Elles déplacent singulièrement les polémiques qui entourent des produits comme le camembert au lait cru, entre autres fromages français, au profit des différences symboliques profondes qui les sous-tendent. On ne saurait trop en conseiller la lecture aux dirigeants européens, et aux services sanitaires américains…

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Du bon usage des mythes : du triangle culinaire au patrimoine de l’humanité

Relisons Claude Lévi-Strauss !

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Caroline Champion

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1. « Le Triangle Culinaire », L’Arc, p. 20. On note toutes les nuances et les précautions de la phrase de l’ethnologue, soucieux de préserver les « fleurs fragiles de la différence » de chaque société.

2. De L’origine des Manières de Tables , p. 411.

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Cet article sera approfondi et prolongé sur ce site dans le cadre de notre bibliothèque gustative et évolutive.

En effet, si la pensée structuraliste pose de nombreux problèmes, notamment quand il s’agit de penser l’histoire, certains textes de Lévi-Strauss mériteraient un commentaire plus précis. On pense notamment au premier chapitre de La Pensée Sauvage.

Alexandre Bourdas, ou l’odyssée d’une feuille de chêne …

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Honfleur, vendredi 7 août 2009, vers 22h.

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L’odyssée d’une feuille de chêne.

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Elle arrive à la fin de l’histoire, juste avant le dernier chapitre…

.On la découvre alors, portant fièrement sa coiffe d’écume au bouillon de chorizo !

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En son sein, elle dissimule une faisselle de chèvre, qui vous fond délicatement dans la bouche.

– De la douceur, de la fraîcheur, comme une « aurore aux doigts de rose »…

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Epandu à ses pieds, le jus d’un veau aux milles saveurs.

Concentration extrême.

Inversion des rôles.

– Tous les sucs de l’animal au service du règne végétal.

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Odyssée d’une feuille de chêne.

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Eh bien oui, elle a décidément quelque chose d’épique, cette feuille, avec son casque bouillonnant, garni de feuilles d’estragon !

……….

« Salade du moment ».


Quoi ?! Une vulgaire feuille de verdure  !

– Hé, hé … !

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Un moment de repos savoureux, comme une pause silencieuse et discrète dans la chronologie d’un repas en dix plats, dont chacun mériterait une tirade …

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Alexandre Bourdas, l’homme aux mille ruses, vous fera avaler ses salades au :

Restaurant Sa.Qua.Na

22 place Hamelin. 14600 Honfleur

02.31.89.40.80

(fermeture hebdomadaire mercredi & jeudi)

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)

En complément de l’article consacré au macaron …

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Les rencontres du dictionnaire : matière à pensées.

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MACARON, subst. masc.
A.  Petit gâteau rond, moelleux, parfumé, à la surface légèrement craquelée, composé de pâte d’amande et de blanc d’oeuf..

MACARONÉE, subst. fém.
LITT. Poésie burlesque (p. ext. morceau en prose), composée à l’aide de mots latins et de mots de la langue commune qu’on affuble de terminaisons latines.

MACARONI, subst. masc.
A.  Le plus souvent au plur. Pâte alimentaire à base de semoule de blé dur, moulée en forme de petits tubes creux allongés, le plus souvent accommodée avec du fromage, et qui constitue un des mets favoris des Italiens. Nous nous tapons un macaroni au gratin, doré comme un angelot en surface et crémeux à l’intérieur (Le Figaro, Madame Figaro, 27 sept. 1980, p. 111). C’était un homme indulgent et gai, qui avait planté dans le faubourg de Londres un jardin à l’italienne, faisait servir à ses hôtes des macaronis de grand style et, après le repas, prenant sa mandoline, chantait une canzonetta. (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 10.)

Extraits du Trésor de la Langue Française Informatisé

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Lire l’article : Le macaron, d’accord, parlons-en !

Voir aussi : Le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau!