Défilé Chanel au Grand Palais : Haute couture, haute cuisine, même combat? (suite)

En septembre 2010, Pierre Hermé choisissait de présenter sa « nouvelle collection Hiver » en conviant la presse à un « défilé de haute pâtisserie » (à voir ici).

Cette année, c’est Chanel qui installait la presse à table pour son défilé “Métiers d’Art Paris-Bombay”, pré-collection Printemps 2012 …

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Jeux de miroirs

Mardi 6 décembre, d’immense tables étaient ainsi dressées sous les voûtes du Grand Palais, dans un décor fantasmé de l’Inde des mahârâjas.

Et sur ces tables, au milieu des lassī de mangue, coupes de champagne et pâtisseries orientales … des macarons !

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Sur les relations entre Art et Cuisine : la Haute-Couture comme médiation

En complément de l’article publié en janvier dernier dans Mode de Recherche, consacré à la relation entre haute-couture et haute-cuisine « Tendance, mode et cuisine » :

Ci-dessous, le « défilé de haute pâtisserie » organisé par Pierre Hermé à l’occasion du lancement des « créations » de sa nouvelle collection Noël 2010.


Mardi 14 septembre, Le Lieu du Design, à Paris.

La presse est conviée à regarder passer les pâtisseries de Pierre Hermé, dans un dispositif où la contemplation du Beau aurait pu se présenter comme unique horizon, si les invités n’avaient été ensuite conviés à passer à la dégustation, soit à un acte où la vue se met au service de l’Appétissant, et où l’aliment retrouve ses spécificités gustatives.

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Allant jusqu’au bout de la comparaison, Pierre Hermé apparaît à la fin du défilé, sous les applaudissements des journalistes – qui pourtant n’ont encore rien vu, ou plutôt, qui ont tout vu mais rien goûté.

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Tout passe ici par la photographie, c’est-à-dire par l’image, sans doute apte à rendre compte de « l’événement », davantage que du goût de ces pâtisseries, dans toute la dimension temporelle de leurs nuances savoureuses.

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Matière à penser : Mythologie du Créateur : après Dieu, l’Artiste (depuis le XVe siècle), le Couturier (XIXe-XXe siècles), et désormais, le Cuisinier / Pâtissier (XXe-XXIe).

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Matière à penser : Implications du rapprochement entre haute-couture et haute-cuisine, entre le vêtement et l’aliment, l’exhibé et l’ingéré, c’est-à-dire le signe extérieur et celui qu’on incorpore.

A suivre

Pour une galerie réflexive (1) : Le Crépuscule du Macaron – ou comment philosopher à coup de marteau !

Le Crépuscule du Macaron

– ou comment philosopher à coup de marteau ! –

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« Il y a plus d’idoles que de réalités dans le monde : c’est ma manière à moi de regarder le monde (…) : Lui poser, comme ça, des questions avec mon marteau et entendre éventuellement en réponse ce fameux son creux qui signale des entrailles ballonnées – quelles délices pour qui possède une seconde paire d’oreilles … »

…………….. ……Nietzsche, Le Crépuscule des idoles ou comment philosopher à coup de marteau, ……………… …… Préface, trad. É Blondel, Hatier, 2001, (p. 6-7).

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Pour une galerie réflexive.

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Lire aussi les articles consacrés au macaron :

Le macaron? d’accord, parlons-en !

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)


Le macaron ? D’accord, parlons-en !

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Ce billet a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, n°2, Hiver 2010

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Parce qu’il y a effectivement des sujets incontournables pour un blog de cuisine …

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Il en existe de toutes les couleurs, pour tous les goûts..

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Il est l’une des préoccupations majeures de la blogosphère culinaire.

Matière à débat. On rivalise à son sujet de recettes, d’astuces et de photographies, toutes plus artistiques les unes que les autres.

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Depuis quelques années, il vous est servi systématiquement dans les cocktails, à la salle des fêtes de la mairie comme dans les soirées les plus huppées..

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Il est devenu en quelques années l’ambassadeur de la pâtisserie française.

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Il est l’objet d’une bataille sans merci entre plusieurs grandes maisons, qui possèdent chacunes leurs bataillons de défenseurs (-seuses…).

Même les touristes eux-même ont pris part au combat.

… Chaque jour, on commet des crimes en son nom … !?!

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Le macaron ? Parlons-en !

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D’accord, mais pourquoi tant d’enthousiasme pour ces malheureuses coques de blanc d’oeuf et de poudre d’amande? On ne saurait invoquer une simple affaire de goût. – Il existe tellement de pâtisseries, au répertoire de la gourmandise ! Alors, pourquoi un tel engouement pour celui là, précisément ? Mieux vaut sans doute se demander en quoi le macaron était la meilleure réponse offerte aux tendances de consommation actuelles ?

Il cristallise en effet autre chose que du sucre, et plusieurs de ses caractéristiques le désignaient comme le dessert de l’époque :

C’est un dessert individuel. Contrairement à un gâteau, il ne se partage pas. Impossible. Sinon la coque s’effondre, et avec elle, tout le plaisir de sa légère résistance, avant la fonte … Petit plaisir solitaire : on peut manger des macarons à plusieurs, mais c’est chacun(e) le sien.

C’est également un dessert facile à manger. Pas salissant pour les doigts, il ne laisse aucune trace du péché de gourmandise. – Cette seconde caractéristique fait du macaron le compagnon de route idéal. Street food chic : le macaron se mange plus souvent debout sur le trottoir, qu’assis à table.

C’est une pâtisserie. Sucrée. Un poil régressive. Un peu girly sur les bords : le macaron réconforte les coeurs brisés, booste les hypoglycémies, – et participe de une tendance globale à se ruer sur le sucré.

D’ailleurs, il faut préciser que cette pâtisserie n’est pas vraiment un dessert. Il n’y a pas d’heure pour s’offrir cette petite bouchée. On peut en manger à tout moment de la journée, à 10h, à 16h ou à 18h… – Presque toujours entre les repas, finalement.

Enfin, le macaron, c’est un luxe, une forme de caution du raffinement culturel. Il s’intègre dans une logique du signe et de la valeur du culturo-mondain. Même sous une forme industrielle dégradée version Picard ou Monoprix, le macaron est un produit dont le prix et la fragilité cautionnent la délicatesse ; or, grâce à une sorte de mystérieux transfert, il anoblit celui qui le consomme. – Comme par métonymie …


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Bon, mais maintenant, le macaron, ça suffit !

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Le macaron, ça suffit..

Les années 90 ont eu leur fondant au chocolat.

Les années 2000, leur macaron…

Alors à votre avis, quel sera le dessert des 2010′ ?

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Pour méditer sur la question :

Au pays des macarons, Clémence Boulouque, Mercure de France éd., coll. Le petit Mercure, 2005.
ISBN  2-7152-2568-7

(cf. Bibliothèque gustative et évolutive).

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Pour le plaisir des mots et des rencontres inattendues, vous pouvez aussi circuler dans le dictionnaire (ici)

Voir aussi  : le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau (là)

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)

En complément de l’article consacré au macaron …

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Les rencontres du dictionnaire : matière à pensées.

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MACARON, subst. masc.
A.  Petit gâteau rond, moelleux, parfumé, à la surface légèrement craquelée, composé de pâte d’amande et de blanc d’oeuf..

MACARONÉE, subst. fém.
LITT. Poésie burlesque (p. ext. morceau en prose), composée à l’aide de mots latins et de mots de la langue commune qu’on affuble de terminaisons latines.

MACARONI, subst. masc.
A.  Le plus souvent au plur. Pâte alimentaire à base de semoule de blé dur, moulée en forme de petits tubes creux allongés, le plus souvent accommodée avec du fromage, et qui constitue un des mets favoris des Italiens. Nous nous tapons un macaroni au gratin, doré comme un angelot en surface et crémeux à l’intérieur (Le Figaro, Madame Figaro, 27 sept. 1980, p. 111). C’était un homme indulgent et gai, qui avait planté dans le faubourg de Londres un jardin à l’italienne, faisait servir à ses hôtes des macaronis de grand style et, après le repas, prenant sa mandoline, chantait une canzonetta. (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 10.)

Extraits du Trésor de la Langue Française Informatisé

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Lire l’article : Le macaron, d’accord, parlons-en !

Voir aussi : Le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau!