Mots et représentations du goût : Comment parler d’un pot-au-feu à des inuits ? (synthèse)

Ce texte propose une synthèse des différents travaux concernant le goût publiés ici.
Cf. Les rubriques : Comment parler du goût ? Comment montrer un goût ?

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Quelques réflexions sur les représentations du goût, ou :
Comment parler d’un pot-au-feu à des inuits ?

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Les étrangers, dit-on, s’étonnent souvent de la capacité des français à passer des heures à table, et surtout à passer des heures à table en parlant cuisine, en évoquant les repas précédant et à venir … C’est sans doute là que réside la spécificité du « repas gastronomique des français », récemment mis à l’honneur par l’UNESCO : attention, il s’agit bien ici de gastronomie, non de cuisine. En effet, à la différence du mot cuisine, le terme de gastronomie se place résolument du côté de la table pour désigner l’art de dire et de manger, quand la cuisine nous parle d’un art de faire et de préparer. La figure du « critique gastronomique » en est le porte-parole, le représentant institutionnel. Celui qui sait apprécier, reconnaître, et surtout rendre compte de son expérience.

Or, une des problématiques majeures de la critique gastronomique concerne les ressources du langage en matière de goûts. Dépasser le « mmm, c’est bon ! » pour tenter de rendre compte des saveurs relève du défi : comment peut-on rendre compte d’un goût ? Par exemple, d’un pot-au-feu à des inuits ?

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Voyage – Exploration : les impromptues de la SNCF

Toulon, le 3 décembre 2010 : Compte-rendu d’exploration tout à fait impromptue

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Il neige sur toute la France. Le Paris-Toulon prend des allures d’Orient Express.

Le temps idéal pour lire un bon Agatha Christie, ou mieux, Le Joueur, de Dostoïevski, – une nouvelle toute en fourrure, thé fumant et roulette russe.

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Le voyage a finalement duré plus de 250 pages, jusqu’à devenir une véritable épopée … L’occasion pour les exploratrices de découvrir les repas SNCF Assistance : « Pour mieux vivre l’imprévu jusqu’à destination » !

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Pour une sonate en cuisine : Introduction à l’esthétique du goût

Extrait de la seconde partie de Hors d’œuvre, Essai sur les relations entre arts et cuisine, Menu Fretin, 2010. Extrait publié dans les Cahiers de la Gastronomie, n°4 (été 2010).

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Introduction à l’esthétique du goût [1]

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En recherchant l’adoubement de l’art contemporain, avec tout le nominalisme discursif qu’il peut comporter, la cuisine s’engage sur un terrain qui ne peut éviter le formalisme et l’agencement de signes. Elle prend du même coup le risque de passer à côté de sa spécificité, et de reléguer au second plan ce qui lui donne sens à titre d’objet propre : le goût. Tout se passe en effet comme si, pour devenir « Art », il lui fallait nécessairement devenir spectacle, donner dans l’ornemental. Pourtant, contrairement à l’acception commune du terme, l’esthétique ne saurait se réduire à la seule beauté plastique, à la simple dimension visuelle du sensible. C’est ce que nous rappelle l’expérience musicale : la vue n’épuise pas l’esthétique. Précisément parce qu’elle ne donne accès qu’à la dimension spatiale de l’esthétique. Or, par delà le spectacle de la forme, et la contemplation de la belle apparence d’un plat ou d’un tableau, c’est-à-dire de tout ce qui relève de la vue, il y a bien une esthétique des yeux fermés : celle du son, mais aussi celle du goût et des fragances, de sorte que cette triple référence auditive, gustative et olfactive nous invite à interroger la dimension temporelle du sensible.

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La fin des glaces à la vanille nous sauvera-t-elle du réchauffement climatique ?

Entretien de Caroline Champion avec Bruno du Boisguéheneuc, publié sur Droit de Cités / droitdecités.org en supplément au dossier « Ecologie/écologisme ».

Il constitue un prolongement de l’article « BIO-LOGIQUE, sur la logique de production et de consommation des produits « bio », publié dans ce dossier.


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Bruno du Boisguéheneuc est le fondateur de Sud Outre Mer, entreprise spécialisée dans l’exportation des produits d’épicerie fine des DOM-TOM, notamment la vanille.

Cet entretien a été réalisé le 3 juillet 2010 à Aurillac, à l’occasion des Européennes du Goût, festival gastronomique et culturel réunissant producteurs et professionnels des métiers de bouche.

Au cours de l’entretien, il évoque les paradoxes et conséquences implicites du discours écologique, bio, local, et durable, notamment au niveau de la route des épices, et de la circulation historique des produits d’Outre-Mer – à la base de toute la grande tradition de la pâtisserie française !

A écouter en cinq pistes sur la revue Droit de Cités / droitdecités.org :

– « Des cannelés sans rhum, de la glace sans vanille ! »  (1:54)
– La récupération des circuits du « bio » et du « commerce équitable » en supermarché (2:17)
– Les réponses du marché à la multiplication des exigences du consommateur (1:27)
– L’avenir des produits d’Outre-Mer face aux circuits du « Bio » européen, et autres labels d’origine (4:26)
– Pour une éducation du goût dans les programmes scolaires  (2:57)