Des relations entre art et cuisine (matière à penser)

A propos d’un essai en cours de rédaction (voir le synopsis), visant à interroger la notion « d’art(s) culinaire(s) ».

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Des relations entre art et cuisine (matière à penser)

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Malgré la banalisation actuelle du syntagme « art culinaire », les relations entre art et cuisine demeurent extrêmement complexes.

Souvent reléguée du côté du corps, de l’organique et du besoin, la cuisine, fût-elle ‘haute-cuisine’, est indissociable de la dégustation, donc de la mastication et de la digestion.

Elle est un rappel quotidien de notre statut d’être vivant i.e. mortel.

Sujet vulgaire !

Comme le rappelle notamment Louis Ferdinand Céline, en 1955 [1]:

Au contraire, l’œuvre d’art semble (selon un point de vue néoplatonicien) traditionnellement située du côté de l’esprit et du plaisir désintéressé – aspirant à une forme d’éternité, par delà les contingences de la mort, etc.

Et pourtant, aujourd’hui, ces catégories sont apparemment périmées, et ne sauraient s’appliquer à l’art contemporain. Il devient même envisageable (voire rigoureusement conseillé) de nier toute forme d’idéalisme pour plonger dans la matérialité, et dans l’éphémère, et dans l’organique …

– De ce point de vue, quelles relations sont alors possibles entre art et cuisine ?

– Doit-on considérer que l’art contemporain, en faisant exploser le système des Beaux-Arts, a rendu possible l’idée d’un « art culinaire »?

– Faut-il y entendre un anoblissement de la cuisine et/ou une désacralisation de l’art ?

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Avec Clocoa, l’artiste Wim Delvoye propose une machine qui reproduit le processus exact de la digestion: alimentée, la machine génère … des crottes.

Les excréments sont immédiatement ensachés pour être vendus.[2]

Wim Delvoye, Clocoa 5.


– Étonnante résonance du travail de cet artiste avec les propos de Céline …

Sans verser dans l’amalgame interprétatif, on peut souligner que dans les deux cas, le choc et la provocation jouent sur une même tendance à rabattre l’acte alimentaire à une pure fonction organique.

Intégré dans une installation artistique ou tenu par un écrivain, le propos est identique en ce qu’il ignore volontairement, l’espace d’un instant, ce qui fonde la spécificité de l’humain quant à son alimentation – à savoir, sa dimension profondément culturelle, symbolique, affective.

Matière à penser « l’art culinaire ».

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[1] Entretien complet disponible sur Paris 4 Philo.

[2] Sur ce sujet, voir notamment les propos recueillis par Geneviève Breerette dans Le Monde du 25.08.05.

Hors d’œuvre, Essai sur les relations entre arts et cuisine (synospis)

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A  paraître le 21 octobre 2010, à l’occasion de la FIAC [1], aux Editions Menu Fretin.

« Arts Culinaires » ?
Hors d’œuvre :
Essai sur les relations entre arts et cuisine

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Matière éphémère, corporéité, besoin, la cuisine nous rappelle quotidiennement que nous sommes mortels. Quant l’oeuvre d’art est traditionnellement située du côté de l’Esprit, du Beau, de l’Universel, de l’Eternel et de l’Inutile (autant de termes à majuscules), la cuisine renvoie au corps, à la sensation passagère. « Art » du goût, de la mastication et de la digestion, elle semble d’emblée exclue du système des Beaux-Arts. Dans sa périssable fugacité, comment pourrait-elle en effet espérer faire œuvre d’Art ?

Le syntagme « Art culinaire » n’envahit pas moins les discours actuels, tandis que les cuisiniers laissent de côté l’artisanat pour aspirer à rejoindre le panthéon des Artistes. Au même moment, performeurs, plasticiens et designers s’emparent de la matière alimentaire. Récemment, des foires d’art contemporain comme Slick [2] ont même décidé d’ouvrir leurs portes à « l’Art culinaire », tandis  que certaines galeries s’y consacrent exclusivement [3].

Alors, doit-on toujours considérer que la cuisine est fondamentalement hors-d’œuvre ?

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Warhol, c’est de la soupe ! (matière à pensées)

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Trente-deux boîtes de soupe, parfaitement identiques.

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Déjà vu cent mille fois en reproduction. Aucune surprise lors de la rencontre de l’oeuvre elle-même. Et puis aujourd’hui Warhol, c’est un peu de la soupe… (oui, osons ce mauvais jeu de mot, les artistes du kitsch ne sont plus à cela près !) D’accord.

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Warhol par CC au MOMA

Warhol, Campbell’s Soup Cans, 1962. Museum of Modern Art, NYC.

A mettre cependant en perspective avec le processus d’uniformisation et de standardisation du goût, actuellement à l’oeuvre dans l’industrie agro-alimentaire…

Et à faire dialoguer avec l’article « Compte-Rendu d’Exploration : Six soupes Picard  » !

A utiliser pour la lecture de l’article Kitschen, essai sur le kitsch dans la cuisine.


Petit déjeuner avec Tom Wesselmann (matière à pensées)

Tom Wesselmann

Tom Wesselmann, Still Life #30, 1963.
Museum of Modern Art, New York.