«C’est le dimanche de la vie»: Une étude de l’imaginaire du champ de blé en peinture (1/2)

« Un coup de vent sur les blés ressemble au coup de vent sur la mer… Mais s’il nous émeut plus, c’est qu’il déroule un patrimoine » Saint-Exupéry, Pilote de Guerre.

Qu’il soit réel ou pictural, aperçu à la faveur d’un voyage en train ou d’une visite à la Fondation Van Gogh, le spectacle d’un champ de blé nous saisit d’abord par la culture qu’il incarne, par la dimension historique qu’il présuppose, la part de sueur et de travail qu’il implique.

En ce sens, le blé s’oppose à la mer comme l’agri-culture à la nature : d’un côté, un élément infini, éternel mais inhumain puisque sans histoire ; de l’autre, un paysage patiemment produit, une formidable accumulation de strates de temps et de culture…

En découlent deux types d’expérience très différents. Sublime, le paysage marin fonctionne avant tout comme une vaste surface de projection du Moi ; ses scintillements nous tendent le miroir d’une intériorité éminemment subjective – tantôt calme et limpide, comme dans le mythe de Narcisse, tantôt sombre et agitée, comme dans la peinture romantique… Au contraire, le champ de blé implique immédiatement une relation à l’Autre, aux autres, en tant qu’il reflète le travail des hommes, produit et consommé dans le partage.

 Van Gogh Champ de ble corbeaux
Champ de blé avec corbeaux, Vincent Van Gogh

De ce point de vue, bien que toujours plus moderne, urbain, lointain, le regard que nous portons sur les champs qui jalonnent notre territoire est travaillé par un héritage composite. – Sachant que cet héritage réside autant dans le paysage lui-même que dans le regard que nous posons sur lui. De là une émotion, une impression esthétique, dont l’épaisseur temporelle serait celle d’un palimpseste, qu’il convient ici de déplier pour tenter d’en saisir toute la profondeur.

Transformer la nature en campagne

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A propos de l’exposition Doisneau Paris Les Halles (I)

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A l’heure où les parisiens pestent contre les travaux qui perturbent les Halles et la circulation alentour, l’Hôtel de Ville de Paris consacre une exposition à l’histoire du quartier vue par Doisneau. Tirages d’époque. Majorité de noir et blanc. Petits formats.

On y (re)découvre le paysage urbain, sa vie, ses pulsations, saisis juste avant de disparaître à la faveur de Rungis.

On y savoure également les talents d’un extraordinaire photographe, dont l’œuvre est loin de se limiter au « Baiser de l’Hôtel de Ville » et autres affiches pour touristes adolescents…

« Doisneau Paris Les Halles » : l’exposition vaut ainsi pour chaque mot du titre ; on y admire Doisneau autant que Les Halles de Paris. L’intérêt de chaque tirage est à la fois historique et esthétique. La photographie y manifeste son rôle de témoin, de preuve, parfois de cri, tout en éclatant dans ses qualités d’œuvre d’art.

Tel est l’enjeu de la photographie : Parvenir à faire œuvre d’art dans un monde peuplé d’images en tous genre, où chacun possède son appareil et mitraille avec son téléphone …  Parvenir à faire œuvre d’art tout en acceptant de rester un médium fondamentalement populaire, au sens noble du terme : qui ne requiert aucune connaissance des codes de l’art contemporain, de ses ‘concepts’ et de son discours,  faisant appel à la sensibilité de chacun, à son ressenti. (1)

Pas besoin de notice en effet pour entamer cette plongée au cœur de l’humain ; parcourant l’exposition, les visiteurs se retrouvent, l’espace d’un instant, réunis dans une même émotion, contemplant ces visages du passé qui leur parlent d’eux-mêmes.

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Hors d’œuvre, Essai sur les relations entre arts et cuisine (synospis)

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A  paraître le 21 octobre 2010, à l’occasion de la FIAC [1], aux Editions Menu Fretin.

« Arts Culinaires » ?
Hors d’œuvre :
Essai sur les relations entre arts et cuisine

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Matière éphémère, corporéité, besoin, la cuisine nous rappelle quotidiennement que nous sommes mortels. Quant l’oeuvre d’art est traditionnellement située du côté de l’Esprit, du Beau, de l’Universel, de l’Eternel et de l’Inutile (autant de termes à majuscules), la cuisine renvoie au corps, à la sensation passagère. « Art » du goût, de la mastication et de la digestion, elle semble d’emblée exclue du système des Beaux-Arts. Dans sa périssable fugacité, comment pourrait-elle en effet espérer faire œuvre d’Art ?

Le syntagme « Art culinaire » n’envahit pas moins les discours actuels, tandis que les cuisiniers laissent de côté l’artisanat pour aspirer à rejoindre le panthéon des Artistes. Au même moment, performeurs, plasticiens et designers s’emparent de la matière alimentaire. Récemment, des foires d’art contemporain comme Slick [2] ont même décidé d’ouvrir leurs portes à « l’Art culinaire », tandis  que certaines galeries s’y consacrent exclusivement [3].

Alors, doit-on toujours considérer que la cuisine est fondamentalement hors-d’œuvre ?

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