Comment peut-on parler d’un goût ? Jean de Léry (matière à penser)

.

Une réponse à étudier :

….Jean de Léry en 1578, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, chapitre XIII « Des arbres, herbes, racines et fruicts exquis que produit la terre du Brésil »

.

…… Paco-aire est un arbrisseau croissant communément de dix ou douze pieds de haut : mais quand à sa tige combien il s’en trouve qui l’ont presque aussi grosse que la cuisse d’un homme, tant y a qu’elle est si tendre qu’avec une espée bien trenchante vous en abbatrez et mettrez un par terre d’un seul coup. Quand à son fruit, que les sauvages nomment Paco, il est long de plus de demi-pied, et de forme assez ressemblant à un Concombre, et ainsi jaune quand il est meur : toutesfois croissans tousjours vingt ou vingt-cinq serrez tous ensemble en une seule branche, nos Ameriquains les cueillans par gros floquets tant qu’ils peuvent soustenir d’une main, les emportent en ceste sorte en leurs maisons.
…… Touchant la bonté de ce fruict, quand il est venu à sa juste maturité, et que la peau laquelle se leve comme cette d’une figue fraische, en est ostée, un peu semblablement grumeleux qu’il est, vous diriez aussi en le mangeant que c’est une figue. Et de faict, à cause de cela nous autres François nommions ces Pacos figues : vray est qu’ayans encores le goust plus doux et savoureux que les meilleures figues de Marseille qui se puissent trouver, il doit estre tenu pour l’un des plus beaux et bons fruicts de ceste terre du Bresil. Les histoires racontent bien que Caton retournant de Carthage à Rome, y apporta des figues de merveilleuse grosseur : mais parce que les anciens n’ont fait aucune mention de celle dont je parle, il est vray-semblable que ce n’en estoyent pas aussi.

Paco ou la banane, (p. 319-320)

.

.

***

….. Quant aux plantes et herbes, dont je veux aussi faire mention, je commenceray par celles lesquelles, à cause de leurs fruicts et effects, me semblent plus excellentes. Premièrement la plante qui produit le fruict nommé par les sauvages Ananas, est de figure semblable aux glaieuls, et encore ayant les fueilles un peu courbées et cavelées tout à l’entour, plus approchantes de celles d’aloes. Elle croist aussi non seulement emmonceléee comme un grand chardon, mais aussi son fruict, qui est de la grosseur d’un moyen Melon, et de façon comme une pomme de Pin, sans pendre ni pancher d’un costé ni d’autre, vient de la propre sorte de nos Artichaux.

….. Et au reste quand ces Ananas sont venus à maturité, estans de couleur jaune azuré, ils ont une telle odeur de framboise, que non seulement en allant par les bois et autres lieux où ils croissent, on les sent de fort loin, mais aussi quant au goust fondans en la bouche, et estant naturellement si doux, qu’il n’y a confitures de ce pays qui les surpassent ; je tiens que c’est le plus excellent fruict de l’Amérique. Et de fait, moy-mesme, estant par-delà, en ayant pressé tel dont j’ay fait sortir pres d’un verre de suc, ceste liqueur ne me sembloit pas moindre que malvaisie. Cependant les femmes sauvages nous en apportoyent pleins de grans paniers, qu’elles nomment Panacons, avec de ces Pacos dont j’ay nagueres fait mention, et autres fruicts lesquels nous avions d’elles pour un pigne, ou pour un mirouer.

Ananas (p.326-327).

Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, (1578) texte établi et annoté par Frank Lestringant, Le Livre de Poche, 1994.

.

Ce texte a fait l’objet d’un article, consacré à la problématique de la mise en langage des saveurs, véritable défi pour la littérature, et pour la critique gastronomique… (le lire)

A mettre en perspective avec l’article « ananas », dans le Grand Dictionnaire de cuisine, d’Alexandre Dumas (ici)

.

Bibliothèque des ouvrages à explorer (3) : Vues et Revues, à lire et à relire

Bibliothèque gustative et évolutive (3) :
Vues et Revues, à lire et à relire

(voir notre appel à contribution)

..

.


.

– Les Cahiers de la Gastronomie, Editions Menu Fretin(en lien ici)

– Les Cahiers de l’OCHA, Ocha (à consulter ici)

– Mode de Recherche n° 13, janvier 2010, Institut français de la Mode (à télécharger gratuitement ici)

Bibliothèque des ouvrages à explorer (2) : Etudes, ouvrages critiques, analyses éclairantes

Bibliothèque gustative et évolutive (2) :
Etudes, ouvrages critiques, analyses éclairantes

(voir notre appel à contribution)

..

biblio

.

.

– Jean-Paul ARON, Le Mangeur du XIXe siècle, Robert Laffont, 1973, réédition avec une préface de Marc Ferro, Editions Payot, 1989.

ISBN: 978-2228881128

.

– Olivier ASSOULY, Les Nourritures divines. Essai sur les interdits alimentaires, Actes Sud, 2002.

ISBN : 978-2-7427-3953-1

.

– Olivier ASSOULY, Les Nourritures nostalgiques. Essais sur le mythe du terroir, Actes Sud, 2004.

ISBN: 978-2742746439

.

– Olivier ASSOULY (dir.), Goûts à vendre. Essais sur la captation esthétique, IFM Editions du Regard, 2007.

ISBN: 978-2-91-486311-7

.

– Pascale BUDILLON PUNTA (dir.), Tomate et chocolat, usages alimentaires et créolisation culturelle, Michel Houdiard Editeur, 2008.

ISBN : 978-2-912-673855

.

– Julia CSERGO et Jean-Pierre LEMASSON (dir.), Voyages en Gastronomies, L’invention des capitales et des régions gourmandes, Editions Autrement, 2008.

ISBN : 978-2-7467-1218-8

.

– Steven L. KAPLAN, Le retour du bon pain, Perrin, 2002.

ISBN : 978-2-01799-9

.

– Claude LEVI-STRAUSS, Mythologiques I : Le cru et le cuit, Plon, 1964.

ISBN : 978-2-259-00413-x

Lire l’article sur ce texte

– Claude LEVI-STRAUSS, Mythologiques III : L’origine des manières de table, Plon, 1969.

ISBN : 978-2-259-21102-4

Lire l’article sur ce texte

.

.

Mythologie des tartines de beurre (matière à penser)

.

Des textes à explorer.

Avant Bordier et Poujauran :

Colette ou la mythologie des Tartines de Beurre

.

??

La gourmandise est plus modeste, plus profonde aussi. Elle est d’essence à se contenter de peu. Tenez, hier matin, j’ai reçu de la campagne, par avion …

– J’en ai l’eau à la bouche !

– Oh ! Ce  n’est sûrement pas ce que vous croyez, ma gourmandise remonte à des origines rustiques, car c’était une tourte de pain bis de douze livres, à grosse écorce, la mie d’un gris de lin, serré, égale, fleurant le seigle frais, et une motte de beurre battu de la veille au soir, qui pleurait encore son petit lait sous le couteau, du beurre périssable, point centrifugé, du beurre pressé à la main, rance deux jours après, aussi parfumé, aussi éphémère qu’une fleur, du beurre de luxe …

– Quoi, une tartine de beurre !

– Vous l’avez dit. Mais parfaite.

.

Colette,  A portée de main

.

.

.