Compte Rendu d’Exploration : Six Soupes Picards

Mardi 3 novembre, il pleut à Paris…

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Automne – hiver : Saison des soupes

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Et le soir où l’on n’a pas envie de la faire soi-même … mais qu’on préfèrerait éviter de donner dans la brique ou le lyophilisé ?

Que penser des soupes surgelées Picard ? .

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Compte-rendu de dégustation / exploration de six soupes Picard

Mode opératoire : Chaque soupe a été dégustée par deux personnes, après trois minutes au micro-ondes (test en conditions réelles : a priori, rares sont ceux/celles qui font chauffer leurs soupes surgelées à feu doux…). Aucun assaisonnement supplémentaire n’a été ajouté. Afin d’éviter toute influence, la liste des ingrédients des soupes n’a été consultée qu’après dégustation.

Un superbe pain de campagne a été utilisé pour ‘vérifier’ les fonds de soupe qui le méritaient !

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–é,

Soupe 1 : Potage aux trois légumes verts : haricot vert, brocolis, épinard. (2€70/kg)

Bilan : Cette soupe est très bonne !

La texture est très veloutée, sans être crémeuse. Le goût dominant est clairement celui du haricot vert, avant l’arrivée en renfort du brocoli, en fin de bouche… La soupe est également relevée par une pointe d’oignon. Pas trop salée.

Remarque :  Mais où est passé l’épinard alors ? un peu à la trappe. (Je vérifie !). En y mettant du sien, on le devine, mais il faut avouer qu’il reste extrêmement timide. – C’est bien le seul qu’on puisse faire à cette soupe : à quoi bon créer un effet d’attente sur l’épinard, alors qu’il est quasi absent cette soupe (3%) ?

Ingrédients : Eau, haricots verts (25%), brocolis (2o%), crème fraîche (5%), épinards (3%), oignon, sel, lactose, protéines de lait.

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Soupe 2. Velouté de légumes du potager : carotte, navet, pomme de terre. (3€50/kg)

Bilan : Cette soupe est plutôt bonne, mais tellement sucrée…

La texture est plus liquide que la soupe précédente. L’attaque se fait sur une saveur sucrée de navet, avant le développement du goût de l’oignon. La carotte est surtout présente dans la couleur de la soupe, et en fin de bouche par une note légèrement terreuse. Sur certaines bouchées, le goût d’une herbe inidentifiable surgit (après examen de la composition, je crois que c’était le poireau) L’ensemble est suave, sucré, agréable mais assez rapidement écoeurant. Disons qu’on ne s’en resservirait pas un second bol.

Remarque : La pomme de terre, qu’on attendait pour épaissir l’ensemble, est assez neutre, et la soupe reste vraiment liquide (c’est la plus liquide des soupes testées ici).

Ingrédients : Eau, carottes (12%), courgettes, oignon, pommes de terre (5%), navet (5%), poireau, beurre (2%).

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Soupe 3. Velouté de cresson, pomme de terre, crème fraîche. (3€95/kg)

Bilan : Cette soupe a du caractère, et restitue vraiment celui du cresson.

La texture est veloutée, crémeuse, sans être écoeurante. Le goût du cresson est agréablement restitué ; son amertume est parfaitement maîtrisée par la compagnie de la crème et de la pomme de terre. Le persil joue par petites touches, sur certaines bouchées. L’ensemble conserve un côté brut, à peine assaisonné. (Qui se marie très bien avec l’acidité d’un bon pain de campagne…!)

Remarque : Pas trop salée ; à la limite, plutôt légèrement sucrée par la crème mais cette fois sans excès. Equilibre impeccable entre sel, sucre, amertume et acidité de la soupe (apportée par le poivre – ou plutôt par l’arôme naturel de poivre, qui me laisse perplexe : pourquoi ne pas utiliser du bon vieux poivre plutôt que d’en extraire l’arôme? Peut être pour mieux en maîtriser le dosage… )

Ingrédients : Eau, cresson (26%), pommes de terre (16%), crème fraîche (14,9%), persil, sel, amidon de riz, arôme naturel de poivre.

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Soupe 4. Velouté fève, épinard, cuisinée à l’huile d’olive. (2€90, vendu en sac de 600g)

Bilan : Cette soupe est écoeurante.

La saveur des légumes est couverte par un goût d’huile d’olive industrielle rance, type Puget de grosse cavalerie. Les fèves arrivent à se faire un peu remarquer, les épinards restent sur la réserve. Quant à la texture, elle se rapproche de celle du mouliné de légumes, et conserve de la mâche. Mais elle possède aussi un côté visqueux, assez désagréable.

Remarque : Cette soupe est trop salée, trop marquée sur l’huile, sans aucune finesse de l’ensemble. Tout cela est très écoeurant. (Je ne la sauce même pas, elle gâche le pain!)

Ingrédients : Eau, fèves (12%), pommes de terre (12%), huile d’olive vierge extra (5%), feuilles d’épinard coupées (4,5%), feuilles de blette coupées, pois chiches, extrait de levure, ail, sel, sauce piquante (piment, hile d’olive, sel, ail).

Soupe 5. Potage au champignon, pomme de terre, crème fraîche. (3€65/kg)

Bilan : Cette soupe est une vraie gourmandise !

Le petit goût de sous-bois du champignon est bien là, dans mon bol, et se développe gentiment en bouche. Au même moment, une saveur de caramel au beurre salé surgit, et ne vous quitte plus. Incroyable.  L’ensemble est assez liquide, et légèrement sucré.

Remarque : Le côté beurre noisette de cette soupe se marie très bien avec les saveurs du champignon!

Ingrédients : Champignon de Paris (43,8%), eau, pomme de terre, oignon, crème fraîche, carotte, céleri rave, beurre, sel, ail.

Soupe 6. Velouté d’asperge verte, pomme de terre, crème fraîche (4€95/kg)

Bilan : Cette soupe joue bien le jeu de l’asperge.

On retrouve vraiment le goût de l’asperge verte, avec son côté terreux, si caractéristique. La texture est bien veloutée et crémeuse (sans être lourde ou écoeurante).

Remarque : L’assaisonnement est discret, mais bien dosé. Ce qui faut de sel et de poivre à mon goût.

Ingrédients : Eau, asperges vertes (29%), pommes de terre précuites (11%), lait écrémé en poudre, crème fraîche (3%), beurre, sel, poivre blanc.

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Bilan général de l’exploration : Que penser des soupes surgelées Picard ?

Sur les six soupes dégustées, quatre sont vraiment réussies, et mériteraient qu’on s’en resserve un second bol… Les deux autres (soupe 2 et 4) sont plus écoeurantes : la soupe carotte navet (2) est plutôt agréable mais trop sucrée ; le palais en est vite saturé. Quant à la soupe fève épinards à l’huile d’olive (4), elle est décidément sans finesse, trop salée, lourde, au point qu’on a du mal à finir son assiette !

Elle est en réel décalage avec le reste des produits testés : de façon générale en effet, les soupes Picard restituent bien le goût du légume, avec un côté brut, légèrement assaisonné.

Côté ingrédients, ils sont plutôt rassurants, simples et naturels. Un peu d’amidon de riz, et des protéines de lait se baladent dans certaines soupes ; et puis ce mystérieux arôme naturel de poivre qui vient mettre son grain dans la soupe de cresson…

Côté prix, selon les ingrédients, ils vont du simple au double. Les sacs étant souvent conditionnés par kilo, ils restent plus attractifs que ceux des soupes en briques, etc.

Ma préférée ? La soupe aux légumes verts ! Et celle de ma mère !

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Vous les avez goûtées ? Vous connaissez d’autres bons (ou mauvais) plans soupes ?

N’hésitez pas à laisser un commentaire !

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Compte-rendu à mettre en perspective avec l’article Warhol, c’est de la soupe!

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« Reliefs »: Géographie des restes (1)

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Salernes, pizzeria artisanale, fin du repas copieux de neuf personnes. Mangeurs d’Europe de l’Ouest  : italiens, français, espagnols, allemands ; classe moyenne sup ; entre 30 et 60 ans.

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Menu unique / Hétérogénéité singulière des restes..

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A l’origine un plat unique, lisse, et sans histoire.

Vides, ou presque, les assiettes s’individualisent et se mettent à raconter des histoires …

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Scénographie des restes

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Esthétique de la trace. – Matière à récit.

Les restes disent la disparition. Sémiotique du plat consommé, les reliefs parlent de l’éphémère, et donnent à imaginer, à reconstituer, ce qu’a bien pu être l’assiette, avant.

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Au même moment, ils en disent long sur le consommateur. – Car si l’« on est ce qu’on mange », n’est-on pas aussi dans ce que l’on jette ?

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Compositions multiples, à lire comme une géographie des restes : diversité de leur disposition, vers soi, ou à l’opposé ; rassemblés ou dispersés ; rares ou abondants ; déchiquetés ou quasi intacts…

Le plat unique s’individualise ; il n’y a plus deux assiettes pareilles. – L’identique passe du côté de l’identité.

Chorégraphie des couverts, après la valse et la bataille.

– Traces singulières du lent travail de décomposition qui s’est opéré ici, le temps d’un repas.

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L’ingestion est appropriation, destruction, individuation du territoire de l’assiette.

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Prolongements de ce travail : scénographie des restes

Petit déjeuner avec Tom Wesselmann (matière à pensées)

Tom Wesselmann

Tom Wesselmann, Still Life #30, 1963.
Museum of Modern Art, New York.

Etude pour ExpérimenTable – Exposition Rivalités à Venise au Louvre

Rappel : ExpérimenTable, définition et manifeste (ici).

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logo_louvreExposition Louvre

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…...Trois tableaux grands formats, disposés en triptyque, pour interpeller le spectateur sur le traitement du repas, entre sacré et profane …

….. Une étude pour ExpérimenTable…

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TITIEN : Un repas frugal, mais soigné et étonnamment concret

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Titien, Les Pèlerins d’Emmaüs, vers 1533-1534, Huile sur toile. H 169 ; L. 247 cm.

…..De façon significative, Titien choisit de traiter le récit biblique des pèlerins d’Emmaüs comme un véritable repas, qui rappelle nécessairement la Cène (et le tableau éponyme de Léonard de Vinci).

…..La table fonctionne ici comme un véritable espace scénique (une planche, des tréteaux), autour duquel sont disposés les personnages…

…..Un passage de la Bible qui est aussi prétexte à la réalisation d’une véritable nature morte …

Titien - Détail

…..Détail du repas : Du pain (de magnifiques miches ‘de campagne’), des fruits, du vin (dans un carafe, matière à reflets,et deux verres pleins), une assiette au contenu difficilement identifiable (des herbes? des huîtres?!), et une admirable pyramide de sel.

…..Les mains de l’aubergiste, annoncent également l’arrivée d’un plat de viande.

…..Noter aussi le détail des plis de la nappe (et le damas, invisible sur la photographie, mais d’une extraordinaire réalisation …)!

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TINTORET: Théâtralisation de la Cene, aux allures de scène de genre

Tintoret

Tintoret, La Dernière Cène, vers 1559. Huile sur toile.

…..Le peintre a ici choisi de peindre le dernier repas du Christ, si souvent représenté, en renouvelant en partie le genre le genre, par l’utilisation d’une table carré. Sa forme nécessite en effet un raccourci de perpective, et une torsion des corps, qui confère à la scène une véritable animation.

…..Le clair-obscur vient ajouter encore à la théâtralité de la scène.

…..Les mains s’agitent de toutes parts (ah, l’Italie!), les personnages se tournent en tous sens…

…..Tout cela est incroyablement bruyant !

Tintoret - Detail

…..Détail du repas : huit belles miches de pain ‘de campagne’, sur le même modèle que Titien (à croire qu’ils fréquentaient tous la boulangerie Landemaine, rue des Martyrs!), deux beaux plats de viande, et deux grandes carafes de vin.

…..Fidèle à sa vision de la foi, Tintoret a également préféré installer la Cène dans une modeste auberge, avec des protagonistes grossièrement vêtus. Le repas est en revanche plutôt copieux, et la table assez abondamment  garnie.

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VERONESE : Une somptuosité désincarnée

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Véronèse, Les Pèlerins d’Emmaüs, ver 1555-1560. Huile sur toile H. 242 ; L. 416  cm.

…..A partir du même passage biblique que Titien, Véronèse propose un traitement totalement différent de la scène du repas.

…..L’accent est mis sur la richesse du décor, et le luxe des costumes,notamment ceux des commanditaires du tableau, représentés à droite dans leurs tenues d’époque, offrant un contraste étonnant avec les costumes des personnages bibliques.

…..Un décor somptueux, qui prend vite le pas sur la thématique biblique… et sur le repas lui-même, réduit à sa plus simple expression !

…..Proportionnellement, la table occupe d’ailleurs bien peu de place sur le tableau.

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…..Détail du repas : du pain (un infâme pain de chez Saint-Preux!?) et du vin (pure projection, le verre est vide), et trois plats à venir. Tout est dans l’effet d’annonce.

…..Il faut également se rappeler que tout ceci a été peint sur fond de Contre-Réforme.

…..Le mélange de sacré et de profane qu’il met en scène dans ses tableaux a bien failli conduire Véronèse au tribunal de l’Inquisition…

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TINTORET : Vers la scène de genre sur petit format

…..Pour aller plus loin, on peut ajouter à notre étude un autre tableau de Tintoret, également exposé au Louvre, et consacré au fameux passage des pèlerins d’Emmaüs.

Tintoret

Tintoret, Les pèlerins d’Emmaüs, Huile sur toile, vers 1566.

…..Le détail du repas nous est ici invisible, le centre du tableau étant occupé par sa préparation …

…..Le récit biblique prend ici la forme d’une véritable scène de genre, et nous plonge au coeur des auberges italiennes du XVIe siècle.

…..Des femmes s’activent au dessus du foyer, des volatiles se préparent à leur sort, tandis qu’une superbe batterie de cuisine en cuivre dispense sa lumière …

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A utiliser pour mettre en perspective le travail de Patrick Guns, et l’ExpérimenTable qui lui a été consacré au 104 sur fond de théâtralité, de table, de Cène et de dernier repas. Voir Memento Mori.

Réfléchir aussi à la place et fonction du repas, à ses fonctions symboliques, au rôle de la table dans la théâtralisation de l’espace … et à l’importance des miches de pain de campagne !

A conserver en mémoire pour de prochains développements …

Voir notamment le premier retour sur ExpérimenTable.

(à suivre)

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Exposition Rivalités à Venise : Titien, Tintoret, Véronèse …

Au Louvre jusqu’au 4 janvier 2010.

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