Alexandre Bourdas, ou l’odyssée d’une feuille de chêne …

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Honfleur, vendredi 7 août 2009, vers 22h.

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L’odyssée d’une feuille de chêne.

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Elle arrive à la fin de l’histoire, juste avant le dernier chapitre…

.On la découvre alors, portant fièrement sa coiffe d’écume au bouillon de chorizo !

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En son sein, elle dissimule une faisselle de chèvre, qui vous fond délicatement dans la bouche.

– De la douceur, de la fraîcheur, comme une « aurore aux doigts de rose »…

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Epandu à ses pieds, le jus d’un veau aux milles saveurs.

Concentration extrême.

Inversion des rôles.

– Tous les sucs de l’animal au service du règne végétal.

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Odyssée d’une feuille de chêne.

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Eh bien oui, elle a décidément quelque chose d’épique, cette feuille, avec son casque bouillonnant, garni de feuilles d’estragon !

……….

« Salade du moment ».


Quoi ?! Une vulgaire feuille de verdure  !

– Hé, hé … !

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Un moment de repos savoureux, comme une pause silencieuse et discrète dans la chronologie d’un repas en dix plats, dont chacun mériterait une tirade …

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Alexandre Bourdas, l’homme aux mille ruses, vous fera avaler ses salades au :

Restaurant Sa.Qua.Na

22 place Hamelin. 14600 Honfleur

02.31.89.40.80

(fermeture hebdomadaire mercredi & jeudi)

Ce Bio qui donne la vie éternelle !

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Comme en témoignait récemment le salon Natexpo à Paris, le marché du bio est en plein essor, et résiste à la crise. Sans doute parce que sa consommation est basée sur un ensemble de mécanismes symboliques plus ou moins conscients, qui confère toute son efficacité au marketing agressif dont il est l’objet depuis quelques années…

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Le bio, une histoire de goût ?

.Pain bio Naturalia

Parpain bio Naturalia …

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Il faut se rendre à l’évidence, il y a plusieurs manière de manger bio.

Les motivations qui poussent des milliers de consommateurs à braver la barrière du prix des produits issus de l’agriculture biologique sont multiples, et correspondent à des systèmes de valeur très différents.

On peut tenter de les décrypter à grands traits…

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Pour une classification des motivations du Mangeur Bio, complémentaires ou exclusives :

(Attention, un argument peut en cacher un autre ...)

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– Le Mangeur Bio-Ecolo : Sensibilisé aux problèmes environnementaux, il consomme bio pour sauver la planète. Il achète avant tout des produits bio locaux, et porte une attention particulière aux questions de saisonnalité, d’emballage, etc.

C’est la version baba du bio…

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Le Mangeur c’est Bon – c’est Bio : Sensibilisé à une certaine exigence de goût, il se tourne vers le bio pour certains produits, au nom d’un certain souci de qualité. Dans sa recherche de produits « traditionnels », « artisanaux » ou « authentiques », il refuse les aliments standardisés et sans saveurs de l’industrie agro-alimentaire. Sa consommation n’est forcément pas exclusivement bio, le critère revendiqué étant gustatif et non éthique.

C’est souvent la version bobo du bio …

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– Le Mangeur Bio-Névro : Sensibilisé aux grandes crises alimentaires, et aux dérives liées à l’industrialisation des produits, il consomme bio pour se sauver lui-même, et apaiser ses angoisses de mort et de maladie (cancer, etc.). Son approche du produit bio est davantage guidée par des notions de vitamines et d’oligo-éléments que de par des critères de goût, de saisonnalité ou d’écologie.

C’est la cible du bio dans sa version la plus marketing…

A part peut-être dans son approche plus baba ( le mangeur type 1), le bio reste un problème de citadin, et  … de riche. Tant mieux, puisque c’est justement à eux qu’il s’adresse (par son discours, et par son prix).

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………. …. Antioxydants, oméga 3, ou 6, vitamines en toutes lettres (B, C, PP, E, CC…!) : ……………. ….. Le Bio est aussi une promesse (marketing) de vie éternelle….

superfruit

Jus de Grenade Bio.


Tenter de retrouver une certaine confiance quant à l’origine des produits, cette origine qui se dérobe dans les produits anonymes, standards, et uniformes de l’industrie agro-alimentaire.

Et en trame de fond, tenter de conjurer la mort par une alimentation rationnelle, régie en apparence par des principes scientifiques, – destinés à vaincre des angoisses irrationnelles …

Ici, honnêtement, il ne s’agit pas de consommer bio pour sauver le monde mais de payer le prix fort pour se sauver soi-même.

Quitte à avaler des produits étranges, voire carrément infâmes, consommés comme des médicaments…

L’argument santé du bio est souvent celui qui a le plus de poids marketing. Sous des apparences rationnelles, il joue sur des mécanismes affectifs et émotionnels extrêmement puissants.

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L’exemple des « superfruits »

bio

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Grenade, Goji, Acaï, Mangoustan, Noni, Mulberry, Noni, Yumberry … Autant de « superfruits » aux sonorités exotiques, qui arrivent des quatre coins du monde à la conquête du consommateur bio.

Des propriétés médicinales étonnantes : ces baies sont en général extrêmement riches en vitamines, anti-oxydants etc.

Des vertus gustatives qui restent toutefois à prouver ! Généralement présentés sous forme de jus, ces fruits sont parfois également proposés en gélule …

Acides, âpres, et souvent amer en fin de bouche … – « mais on s’y fait, et même, à force, on aime  » (sic) précise un représentant d’Elite Naturel à propos de ces jus.

A la première dégustation, difficile de ne pas grimacer en avalant cette version moderne de l’huile de foie de morue.

Et oui, la vie éternelle, ça se mérite !

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Le macaron ? D’accord, parlons-en !

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Ce billet a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, n°2, Hiver 2010

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Parce qu’il y a effectivement des sujets incontournables pour un blog de cuisine …

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Il en existe de toutes les couleurs, pour tous les goûts..

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Il est l’une des préoccupations majeures de la blogosphère culinaire.

Matière à débat. On rivalise à son sujet de recettes, d’astuces et de photographies, toutes plus artistiques les unes que les autres.

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Depuis quelques années, il vous est servi systématiquement dans les cocktails, à la salle des fêtes de la mairie comme dans les soirées les plus huppées..

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Il est devenu en quelques années l’ambassadeur de la pâtisserie française.

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Il est l’objet d’une bataille sans merci entre plusieurs grandes maisons, qui possèdent chacunes leurs bataillons de défenseurs (-seuses…).

Même les touristes eux-même ont pris part au combat.

… Chaque jour, on commet des crimes en son nom … !?!

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Le macaron ? Parlons-en !

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D’accord, mais pourquoi tant d’enthousiasme pour ces malheureuses coques de blanc d’oeuf et de poudre d’amande? On ne saurait invoquer une simple affaire de goût. – Il existe tellement de pâtisseries, au répertoire de la gourmandise ! Alors, pourquoi un tel engouement pour celui là, précisément ? Mieux vaut sans doute se demander en quoi le macaron était la meilleure réponse offerte aux tendances de consommation actuelles ?

Il cristallise en effet autre chose que du sucre, et plusieurs de ses caractéristiques le désignaient comme le dessert de l’époque :

C’est un dessert individuel. Contrairement à un gâteau, il ne se partage pas. Impossible. Sinon la coque s’effondre, et avec elle, tout le plaisir de sa légère résistance, avant la fonte … Petit plaisir solitaire : on peut manger des macarons à plusieurs, mais c’est chacun(e) le sien.

C’est également un dessert facile à manger. Pas salissant pour les doigts, il ne laisse aucune trace du péché de gourmandise. – Cette seconde caractéristique fait du macaron le compagnon de route idéal. Street food chic : le macaron se mange plus souvent debout sur le trottoir, qu’assis à table.

C’est une pâtisserie. Sucrée. Un poil régressive. Un peu girly sur les bords : le macaron réconforte les coeurs brisés, booste les hypoglycémies, – et participe de une tendance globale à se ruer sur le sucré.

D’ailleurs, il faut préciser que cette pâtisserie n’est pas vraiment un dessert. Il n’y a pas d’heure pour s’offrir cette petite bouchée. On peut en manger à tout moment de la journée, à 10h, à 16h ou à 18h… – Presque toujours entre les repas, finalement.

Enfin, le macaron, c’est un luxe, une forme de caution du raffinement culturel. Il s’intègre dans une logique du signe et de la valeur du culturo-mondain. Même sous une forme industrielle dégradée version Picard ou Monoprix, le macaron est un produit dont le prix et la fragilité cautionnent la délicatesse ; or, grâce à une sorte de mystérieux transfert, il anoblit celui qui le consomme. – Comme par métonymie …


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Bon, mais maintenant, le macaron, ça suffit !

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Le macaron, ça suffit..

Les années 90 ont eu leur fondant au chocolat.

Les années 2000, leur macaron…

Alors à votre avis, quel sera le dessert des 2010′ ?

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Pour méditer sur la question :

Au pays des macarons, Clémence Boulouque, Mercure de France éd., coll. Le petit Mercure, 2005.
ISBN  2-7152-2568-7

(cf. Bibliothèque gustative et évolutive).

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Pour le plaisir des mots et des rencontres inattendues, vous pouvez aussi circuler dans le dictionnaire (ici)

Voir aussi  : le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau (là)

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)

En complément de l’article consacré au macaron …

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Les rencontres du dictionnaire : matière à pensées.

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MACARON, subst. masc.
A.  Petit gâteau rond, moelleux, parfumé, à la surface légèrement craquelée, composé de pâte d’amande et de blanc d’oeuf..

MACARONÉE, subst. fém.
LITT. Poésie burlesque (p. ext. morceau en prose), composée à l’aide de mots latins et de mots de la langue commune qu’on affuble de terminaisons latines.

MACARONI, subst. masc.
A.  Le plus souvent au plur. Pâte alimentaire à base de semoule de blé dur, moulée en forme de petits tubes creux allongés, le plus souvent accommodée avec du fromage, et qui constitue un des mets favoris des Italiens. Nous nous tapons un macaroni au gratin, doré comme un angelot en surface et crémeux à l’intérieur (Le Figaro, Madame Figaro, 27 sept. 1980, p. 111). C’était un homme indulgent et gai, qui avait planté dans le faubourg de Londres un jardin à l’italienne, faisait servir à ses hôtes des macaronis de grand style et, après le repas, prenant sa mandoline, chantait une canzonetta. (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 10.)

Extraits du Trésor de la Langue Française Informatisé

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Lire l’article : Le macaron, d’accord, parlons-en !

Voir aussi : Le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau!