Pour une galerie réflexive (1) : Le Crépuscule du Macaron – ou comment philosopher à coup de marteau !

Le Crépuscule du Macaron

– ou comment philosopher à coup de marteau ! –

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« Il y a plus d’idoles que de réalités dans le monde : c’est ma manière à moi de regarder le monde (…) : Lui poser, comme ça, des questions avec mon marteau et entendre éventuellement en réponse ce fameux son creux qui signale des entrailles ballonnées – quelles délices pour qui possède une seconde paire d’oreilles … »

…………….. ……Nietzsche, Le Crépuscule des idoles ou comment philosopher à coup de marteau, ……………… …… Préface, trad. É Blondel, Hatier, 2001, (p. 6-7).

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Pour une galerie réflexive.

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Lire aussi les articles consacrés au macaron :

Le macaron? d’accord, parlons-en !

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)


Festival International de la Photographie Culinaire : mais quel goût ont les images ?

Les différences majeures entre les démarches des travaux exposés au Festival International de la Photographie Culinaire sont ici l’occasion de s’interroger sur les enjeux inhérents à la photographie culinaire.

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Festival International de la Photographie Culinaire : mais quel goût ont les images ?

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…..« Photographie culinaire ».

…..La chose ne va pas de soi.

…..N’y a-t-il pas plutôt une antinomie fondamentale entre la photographie, art visuel, et la cuisine, qui ressortit davantage du plaisir gustatif ?

…..Autrement dit, comment peut-on photographier un goût ?

…..En réalité, derrière toute photographie culinaire, il y a un choix, une prise de position, et une réponse à cette question fondamentale : Quel est le lien entre l’oeil et le goût ?

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L’imagination.

…..Certaines photos choisissent en effet de travailler sur l’imaginaire gustatif du spectateur, invité à projeter des saveurs sur ce qu’il voit… La sphère du fantasme vient ainsi s’intercaler entre l’oeil et le goût. On est alors dans le domaine de la photographie salivante, alléchante.

…..Pourtant un simple papier glacé, fade et plat.

…..La photographie se fait ici artistique par la mise en scène de son sujet, un plat ou un produit artistique en lui-même. Elle en porte la trace, elle en a fixé la beauté fugitive ; elle en présentifie la saveur…

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Aucun lien.

….. La photographie culinaire tente parfois au contraire de se couper de la dimension gustative, pour aller jouer dans la cour de la photographie artistique établie.

…..Elle devient alors pur regard, travaillant la matière alimentaire comme un objet plastique, une texture, des couleurs coupés de leur goût.

….. Ce type de photographie flatte l’oeil du spectateur sans faire appel à son imagination gustative. Photographie culinaire ? Disons plutôt photographie à thématique alimentaire.

…..Au risque de passer à côté de sa spécificité même.

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Les enjeux de cette question, pourtant simple à première vue, concernent donc la nature même de la dimension artistique de la photographie culinaire :
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…..Repose-t-elle uniquement sur l’art photographique ?

…..A-t-elle au contraire un statut à part, du fait de la nature de son sujet ?
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…..Chaque photographie est une réponse.
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Et vous, vous en pensez quoi ?
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Voir aussi l’article consacré aux réponses proposées par les travaux exposés au Festival :

Milk Factory : Une nouvelle galerie pour le printemps 2010.

Milk Factory, galerie et laboratoire de création culinaire de la collective des produits laitiers (ouverture printemps 2010).

Hors les murs du 6 au 22 novembre, Atelier des Francs-Bourgeois, dans le cadre du Festival International de la Photographie Culinaire.

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Après la Galerie Fraîch’Attitude, Christophe Spotti est désormais en charge de la Milk Factory, espace de création, d’exposition, et de consultation d’ouvrages dédiés au goût.

C’est le CNIEL, c.à.d. la collective des produits laitiers qui est à l’origine de ce projet.

Rappelons que le CNIEL est aussi à l’initiative de l’OCHA, l’Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires, dont les publications et colloques sont toujours remarquables…

A suivre de près, donc.

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En attendant 2010, et dans le cadre du Festival International de la Photographie Culinaire, la galerie propose (hors les murs) :

« Le lait, matière à sensation, matière à création… »

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Une exposition basée sur une triple approche du lait :


Une approche visuelle avec la série de photographies de Jean-Jacques Pallot, intitulée Splasch :

galerie splasch

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Ce travail de photographie culinaire offre une vision de type « désincarnée » du lait.

Le lait est en effet utilisé ici comme simple texture, comme matériau esthétique purement visuel.

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.splasch 2

Jean-Jacques Pallot, Splasch.

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On est étrangement loin de la texture du lait …

Cette magnifique photo transforme la goutte de lait en voile de bateau et autre support imaginaire.

Et pour cause. Jean-Jacques Pallot est avant tout un photographe, entré un instant dans le monde culinaire, sur lequel il porte un oeil neuf.

Cette photo n’a pas le goût du lait.

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Une approche gustativeavec un « milk bar, et quelques réalisations culinaires de Sonia Ezgulian.

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milk bar

L’initiative est réellement excellente.

Lors de mon passage toutefois, la proposition était assez réduite, et pas toujours convaincante : milk-shake au foie gras, sirops au lait entier, …

… et … des macarons au gingembre, d’une grande délicatesse.

macaron

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Une approche lexicale du lait enfin – par un travail sur « les mots du lait » réalisé par Ich&Kar.

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mots du lait

(NB: Cette photo a été volontairement accentuée pour vous permettre de décrypter une partie du texte).

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Mots, citations et expressions liées à l’univers du lait travaillés par un regard de graphiste.

Voir, par exemple,  » Dans sa volonté de supprimer les intermédiaires, il cherchait un moyen de passer du foin au lait, sans passer par la vache » (Alphonse Allais)…

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En attendant la suite :

Milk Factory à l’Atelier des Francs Bourgeois,

8 rue des Francs-Bourgeois, Paris 3e.

Exposition du 6 au 22 novembre 2009 – vernissage mardi 11 novembre.

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Voir aussi l’article consacré à la photographie culinaire

Et pour un clin d’oeil aux macarons ...

FIAC : ExpérimenTable au 104 : Memento Mori – dialogue avec le travail de Patrick Guns

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Dimanche 25 octobre, 13h, Galerie Polaris / Elaine Lévy Project sur Slick.

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Memento Mori

Un ExpérimenTable dédié à Elaine Lévy, et au travail de Patrick Guns.

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Une mise en cène du repas?  – Expérimenter un certain rapport à l’éphémère, la vie, et la mort, à partir de la temporalité propre au repas, qui vient ici se superposer à celle de la performance.

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Rappel : ExpérimenTable, définition et manifeste (ici)

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Le choix du lieu : L’espace d’exposition de la Galerie Polaris au 104, consacré au travail de Patrick Guns intitulé My Last Meals. Soit une série de photos présentant les derniers repas des condamnés à mort, qu’il fait exécuter à chaque fois par des grands chefs – Ici, Guy Martin, Pierrick Guillou et Denis Martin.

Une oeuvre particulièrement troublante, toujours organisée en deux parties (à gauche, le menu, à droite, une photo en pied du chef présentant son plat…).

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Patrick Guns, My last meals

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Cet ExpérimenTable, intitulé Mémento Mori, était donc d’abord une réaction face à ce travail.  D’autant que l’exposition de ces oeuvres dans un espace comme le 104, consacré à l’art après l’avoir été à la mort (anciennes pompes funèbres…) ajoutait une dimension supplémentaire à ces photographies…

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L’invitéeElaine Levy. A la tête de la galerie Elaine Levy Project, à Bruxelles, cette jeune galeriste est aujourd’hui l’une des principales spécialistes des oeuvres de Patrick Guns. Personnalité complexe, aussi gastronome que végétarienne (ce qui ne pouvait être anodin dans un pareil contexte), elle a su développer un travail à la fois ouvert, enthousiaste et pertinent sur l’art contemporain, tout en intégrant des supports tels que l’alimentation…

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Le menu : Végétarien, et travaillant sur un certain décalage avec les oeuvres et le lieu. Des légumes présentés en nature morte-vivante, des éléments aussi symboliques que du pain et du vin, etc. Une soupe de courge servie dans une citrouille … Et un grille-pain, version ludique de la chaise électrique? Non, bien loin de donner dans l’imaginaire du dernier repas, ce déjeuner haut en couleurs se voulait au contraire résolument tourné vers la vie la plus éclatante.

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Memento Mori !

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Un dialogue, et une prise de position face au travail de Patrick Guns, si dérangeant par sa froideur et sa neutralité face à l’horreur de la réalité. Une réaction qu’il semble appeler, sans pour autant jamais intégrer le moindre jugement..


Rompre le pain tour à tour …

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Et être là, dans un dialogue avec les oeuvres de la galerie …

… et avec ses spectateurs ! (ils regardent tour à tour les oeuvres et la performance.)

Merci à Pharoah Marsan pour ces photos.

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Si vous avez assisté à cette performance, n’hésitez pas à réagir, raconter, ou laisser un commentaire sur le site, et surtout n’oubliez pas de m’envoyer vos photos (exploratricedesaveurs@gmail.com), afin que je puisse les publier ici. Votre participation à ce travail en est le complément essentiel !

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Patrick Guns au SlickGalerie Polaris / Elaine Levy ProjectElaine Lévy ProjectGalerie Polaris

En savoir plus sur le travail de Patrick Guns, My Last Meals

Voir aussi sur le site de la Galerie Polaris et celui d’Elaine Levy Project.

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Merci à  Jacky Mace pour ces photos !

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En prolongement : Retour sur ExpérimenTable