Le Goût du Temps : intervention au Forum d’Avignon [vidéo]

En complément des articles déjà publiés sur ce sujet :
Pour une sonate en cuisine : introduction à l’esthétique du goût
Comme la musique, la cuisine est un art du Temps : brève synthèse sur la temporalité du goût

Voici un extrait de mon intervention au Forum d’Avignon (édition 2012), pour la session « Organiser le temps : mémoire et transmission dans un monde en réseau ».

 

[youtube:https://www.youtube.com/watch?v=n2WDECZkbuM%5D

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A propos : Laboratoire d’idées au service de la culture, le Forum d’Avignon organise chaque année des rencontres internationales qui sont l’occasion de débats entre artistes, dirigeants d’entreprise, écrivains, professeurs, réalisateurs, responsables politiques, philosophes, étudiants d’universités internationales, représentants de la création et des industries culturelles.

Autour de la table :
– Ezra Suleiman, professeur à Princeton
– Jean-François Colosimo, Président du Centre National du Livre, France.
– Kohei Nishiyama, Président fondateur de elephant design co., ltd., Japon
– Caroline Champion, exploratrice de saveurs, France

L’intégralité de la session est disponible ici.

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Une truffe n’est pas coutume

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D’abord, elle ne supporte pas la concurrence.

Au moindre cousin qui emménage dans son champ, elle se fait la malle sans piper mot.

Elle a le nez sensible aussi.

Qu’un voisin traite à quelques kilomètres de là, et la voilà elle qui s’évanouit.

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Tuber Melanosporum.

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Vu de loin, ça fait surtout culture de classe.

Mais en s’approchant un peu, disons à un mètre, Dieu que ça sent la truffe !

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Et c’est sans doute d’abord cela, la truffe.

Une odeur.

Une odeur puissamment mémorisable.

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Une odeur qui concentre celles de l’humus et du gibier.

Un peu de noisette aussi, quand elle est bien mûre.

Et toujours cette note si animale, presque indécente.

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La truffe sent la terre.

Et la terre, autour de la truffe, sent la truffe.

On en mangerait, de cette terre..

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Il y a quelque chose de l’image d’épinal dans l’odeur de la truffe. Un souvenir de Forêt…

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Difficile de parler de la truffe. On se sent un peu truffe, soudain.

Il y a tellement d’évidence dans cette odeur qui s’impose à vous, comme un envahissement brut.

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Une truffe n’est pas coutume.

Mais qui hume la truffe, s’en souvient.

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Merci à ER pour ce mémorable tubercule.

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Cet article fera l’objet d’un prolongement, à propos de cette articulation odeur/souvenir, sur laquelle il faudrait arriver à se pencher sans donner trop facilement dans le Proust …

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