Le macaron ? D’accord, parlons-en !

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Ce billet a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, n°2, Hiver 2010

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Parce qu’il y a effectivement des sujets incontournables pour un blog de cuisine …

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Il en existe de toutes les couleurs, pour tous les goûts..

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Il est l’une des préoccupations majeures de la blogosphère culinaire.

Matière à débat. On rivalise à son sujet de recettes, d’astuces et de photographies, toutes plus artistiques les unes que les autres.

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Depuis quelques années, il vous est servi systématiquement dans les cocktails, à la salle des fêtes de la mairie comme dans les soirées les plus huppées..

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Il est devenu en quelques années l’ambassadeur de la pâtisserie française.

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Il est l’objet d’une bataille sans merci entre plusieurs grandes maisons, qui possèdent chacunes leurs bataillons de défenseurs (-seuses…).

Même les touristes eux-même ont pris part au combat.

… Chaque jour, on commet des crimes en son nom … !?!

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Le macaron ? Parlons-en !

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D’accord, mais pourquoi tant d’enthousiasme pour ces malheureuses coques de blanc d’oeuf et de poudre d’amande? On ne saurait invoquer une simple affaire de goût. – Il existe tellement de pâtisseries, au répertoire de la gourmandise ! Alors, pourquoi un tel engouement pour celui là, précisément ? Mieux vaut sans doute se demander en quoi le macaron était la meilleure réponse offerte aux tendances de consommation actuelles ?

Il cristallise en effet autre chose que du sucre, et plusieurs de ses caractéristiques le désignaient comme le dessert de l’époque :

C’est un dessert individuel. Contrairement à un gâteau, il ne se partage pas. Impossible. Sinon la coque s’effondre, et avec elle, tout le plaisir de sa légère résistance, avant la fonte … Petit plaisir solitaire : on peut manger des macarons à plusieurs, mais c’est chacun(e) le sien.

C’est également un dessert facile à manger. Pas salissant pour les doigts, il ne laisse aucune trace du péché de gourmandise. – Cette seconde caractéristique fait du macaron le compagnon de route idéal. Street food chic : le macaron se mange plus souvent debout sur le trottoir, qu’assis à table.

C’est une pâtisserie. Sucrée. Un poil régressive. Un peu girly sur les bords : le macaron réconforte les coeurs brisés, booste les hypoglycémies, – et participe de une tendance globale à se ruer sur le sucré.

D’ailleurs, il faut préciser que cette pâtisserie n’est pas vraiment un dessert. Il n’y a pas d’heure pour s’offrir cette petite bouchée. On peut en manger à tout moment de la journée, à 10h, à 16h ou à 18h… – Presque toujours entre les repas, finalement.

Enfin, le macaron, c’est un luxe, une forme de caution du raffinement culturel. Il s’intègre dans une logique du signe et de la valeur du culturo-mondain. Même sous une forme industrielle dégradée version Picard ou Monoprix, le macaron est un produit dont le prix et la fragilité cautionnent la délicatesse ; or, grâce à une sorte de mystérieux transfert, il anoblit celui qui le consomme. – Comme par métonymie …


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Bon, mais maintenant, le macaron, ça suffit !

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Le macaron, ça suffit..

Les années 90 ont eu leur fondant au chocolat.

Les années 2000, leur macaron…

Alors à votre avis, quel sera le dessert des 2010′ ?

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Pour méditer sur la question :

Au pays des macarons, Clémence Boulouque, Mercure de France éd., coll. Le petit Mercure, 2005.
ISBN  2-7152-2568-7

(cf. Bibliothèque gustative et évolutive).

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Pour le plaisir des mots et des rencontres inattendues, vous pouvez aussi circuler dans le dictionnaire (ici)

Voir aussi  : le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau (là)

Les rencontres du dictionnaire (matière à pensées)

En complément de l’article consacré au macaron …

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Les rencontres du dictionnaire : matière à pensées.

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MACARON, subst. masc.
A.  Petit gâteau rond, moelleux, parfumé, à la surface légèrement craquelée, composé de pâte d’amande et de blanc d’oeuf..

MACARONÉE, subst. fém.
LITT. Poésie burlesque (p. ext. morceau en prose), composée à l’aide de mots latins et de mots de la langue commune qu’on affuble de terminaisons latines.

MACARONI, subst. masc.
A.  Le plus souvent au plur. Pâte alimentaire à base de semoule de blé dur, moulée en forme de petits tubes creux allongés, le plus souvent accommodée avec du fromage, et qui constitue un des mets favoris des Italiens. Nous nous tapons un macaroni au gratin, doré comme un angelot en surface et crémeux à l’intérieur (Le Figaro, Madame Figaro, 27 sept. 1980, p. 111). C’était un homme indulgent et gai, qui avait planté dans le faubourg de Londres un jardin à l’italienne, faisait servir à ses hôtes des macaronis de grand style et, après le repas, prenant sa mandoline, chantait une canzonetta. (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 10.)

Extraits du Trésor de la Langue Française Informatisé

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Lire l’article : Le macaron, d’accord, parlons-en !

Voir aussi : Le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau!

Festival International de la Photographie Culinaire : comment éviter le Marabout ?

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Jeudi 6 novembre, ouverture du Festival International de la Photographie Culinaire.

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Outre les galeries et restaurants participant sous différentes formes au festival, une compétition officielle entre 22 photographes, sur le thème « poissons, coquillages et crustacés ».

Deux espaces officiels d’exposition : Les passages couverts de Bercy Village, et … l’Espace Mobalpa, (15 boulevard Diderot, 75012) !

Mobalpa

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L’Espace Mobalpa ou : Quand le sponsor tient plus de place que son objet…

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L’Espace Mobalpa est un espace d’exposition pour le moins problématique.

Il a cependant le mérite de mettre les deux pieds dans le plat, et d’interpeller le spectateur sur le statut de la photographie culinaire.

En effet, les photographies, exposées au milieu des cuisines Mobalpa, se trouvent reléguées au rang d’illustrations décoratives, pour ménagère de moins de 50 ans … !

Installées dans un espace dédié à la consommation (alimentaire / économique) la dimension artistique de ces photographies est donc loin d’être évidente.

Et pourtant, malgré un format relativement petit, un espace visuellement envahissant, un contexte inapproprié, certaines images s’imposent comme des photographies de type artistique.

Quelles stratégies mettent-elles en place pour éviter le côté Marabout ou Elle à Table ? Comment assument-elles la spécificité de leur objet ?


FIPC – Différentes façon d’aborder la photographie culinaire :

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Parmi les photographies présentées au festival, on peut repérer différentes tendances, qui sont autant de façon d’aborder la photographie culinaire, et de travailler à établir sa dimension artistique.

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Tenter de photographier un goût : des produits, des plats, toujours en macro :

Selon la démarche du photographe, elles se veulent plus ou moins appétissantes, et plus ou moins ludiques. Elles proposent une approche du goût par l’image.

Dans certains cas, on reste quand même assez proche de l’illustration esthétisante de type fiche-recette Elle.

Plusieurs photographes jouent plutôt la carte du ludique, et travaillent sur la ligne nature/culture, en présentant par exemple un poisson vivant/poisson pané, etc… (Pierre-François Couderec, Christophe Doucet ).

D’autres photographies, comme celles de Patrick Rougereau, vont ouvertement chercher à détourner le côté Marabout, en proposant une réinterprétation humoristique des photos de recettes.

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Patrick Rougereau

Patrick Rougereau.

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Dans ce cas, c’est la nature même du sujet de la photographie qui lui dicte sa forme. Le domaine culinaire est revendiqué et mis à l’honneur.

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Travailler une matière visuelle : des photographies « désincarnées »

Toujours en macro, certaines photographies mettent au contraire l’accent sur des formes et des textures, recherchant avant tout un effet visuel.

L’alimentation, le plat ou le produit brut acquiert alors une dimension plus abstraite, quasi désincarnée.

Il n’est qu’un support plastique, un matériau détaché de sa saveur à la faveur d’un plaisir purement oculaire.

On pense par exemple au travail de Mathilde de L’Ecotais, ou à celui de Richard Haughton

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richard haughton

Richard Haughton, Sayori.

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La revendication du statut artistique de la photographie culinaire passe ici par une forme de négation de la spécificité de son objet. L’aliment est alors détourné, désincarné mais aussi magnifié, pour servir la cause d’un art visuel.

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Une troisième voie ? Les photographies contextualisées, de type récit de voyage :

Elles saisissent des humains en cours de préparation d’un repas, sur les marchés, etc.

Le contexte est ici primordial, et aisément identifiable. Les plans sont plus larges, la macro est laissée de côté.

Mangeur ou préparateur, l’humain retrouve alors toute sa place sur la photographie

Ce type de photographie se veut la trace d’un moment précis, en un lieu précis.

Au sein de l’exposition officielle du festival, on citera les travaux de Kim Badawi, d’Eric Morin, ou de Florent Dupuy.

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Patrick Rougereau

Kim Badawi.

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Ce type de photographie propose une vision plus humaniste de la photographie, en ramenant l’aliment à sa dimension culturelle.

Au risque parfois de sembler moins immédiatement artistique.

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Une catégorie mixte : les photographies intellectuelles :

Celles-ci sont avant tout une tentative pour se démarquer, qui passe souvent par une démonstration de pseudo originalité.

Leur sens est alors plus ou moins obscur …

… Passons notre chemin …

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Pour en savoir plus : Le site du Festival International de la Photographie Culinaire.

Voir aussi l’article plus théorique consacré à la question du statut artistique de la photographie culinaire : Festival International de la Photographie Culinaire : mais quel goût ont les images ?

Et l’article consacré à l’exposition de la Milk Factory à l’Atelier des Francs-Bourgeois : Milk Factory, une nouvelle galerie pour le printemps 2010.

« Reliefs »: Géographie des restes (1)

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Salernes, pizzeria artisanale, fin du repas copieux de neuf personnes. Mangeurs d’Europe de l’Ouest  : italiens, français, espagnols, allemands ; classe moyenne sup ; entre 30 et 60 ans.

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Menu unique / Hétérogénéité singulière des restes..

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A l’origine un plat unique, lisse, et sans histoire.

Vides, ou presque, les assiettes s’individualisent et se mettent à raconter des histoires …

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Scénographie des restes

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Esthétique de la trace. – Matière à récit.

Les restes disent la disparition. Sémiotique du plat consommé, les reliefs parlent de l’éphémère, et donnent à imaginer, à reconstituer, ce qu’a bien pu être l’assiette, avant.

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Au même moment, ils en disent long sur le consommateur. – Car si l’« on est ce qu’on mange », n’est-on pas aussi dans ce que l’on jette ?

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Compositions multiples, à lire comme une géographie des restes : diversité de leur disposition, vers soi, ou à l’opposé ; rassemblés ou dispersés ; rares ou abondants ; déchiquetés ou quasi intacts…

Le plat unique s’individualise ; il n’y a plus deux assiettes pareilles. – L’identique passe du côté de l’identité.

Chorégraphie des couverts, après la valse et la bataille.

– Traces singulières du lent travail de décomposition qui s’est opéré ici, le temps d’un repas.

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L’ingestion est appropriation, destruction, individuation du territoire de l’assiette.

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Prolongements de ce travail : scénographie des restes