Quel est le point commun entre un cupcake et une bijouterie ?

.

Suite à une excursion dans les quartiers germanopratins, une nouvelle question s’impose :

..

Quel est le point commun entre un cupcake  et une bijouterie ?

.

IMG_4890

.

Les bijoux exposés dans la vitrine sont plantés dans de véritables cupcakes « de chez Harrods » nous précise-t-on … avant d’ajouter : « mais ils sont en train de fondre complètement. Ils y a déjà longtemps qu’ils sont là »… !

.

IMG_4897.

Qu’est-ce qui fait sens ici ? Quelle est la pertinence de ce rapprochement bijoux et cupcakes ?


IMG_4882_26a00d8341cedad53ef01156e436559970c-800wi-1IMG_4884

.

Reformulation du problème :

Quel point commun entre un cupcake Harrods et une bijouterie de Saint-Germain ?

.

 

Réponse : Le snobisme.

.

Le code prend ici le pas sur le sens.

Le cupcake, dépourvu de sens de l’humour, est là pour dire « Harrods » (i.e. le luxe ).

Il rencontre alors le bijou, sur la base d’un capital symbolique commun.

.

.

Cette réalisation d’un célèbre créateur joaillier apporte un éclairage supplémentaire à notre étude sur le kitsch dans la cuisine, dont il constitue une sorte de parallèle inverse.

L’effet kitsch est en effet produit ici par l’introduction d’un élément culinaire dans le domaine de la joaillerie, et non, à l’inverse, d’un élément artistique dans le domaine culinaire.

A lire sur ce sujet : Kitschen, considérations sur le kitsch culinaire

.

…..Les cupcakes Harrod’s, accèdent alors au noble statut de présentoirs à bijoux, et perdent par là même toute fonction nutritive. Ils sont sur ce point à comparer avec l’Obama Cupcake, déniché à Chelsea Market … !

Contempler l’Obama Cupcake.

..

Ce Bio qui donne la vie éternelle !

.

Comme en témoignait récemment le salon Natexpo à Paris, le marché du bio est en plein essor, et résiste à la crise. Sans doute parce que sa consommation est basée sur un ensemble de mécanismes symboliques plus ou moins conscients, qui confère toute son efficacité au marketing agressif dont il est l’objet depuis quelques années…

.

Le bio, une histoire de goût ?

.Pain bio Naturalia

Parpain bio Naturalia …

.

Il faut se rendre à l’évidence, il y a plusieurs manière de manger bio.

Les motivations qui poussent des milliers de consommateurs à braver la barrière du prix des produits issus de l’agriculture biologique sont multiples, et correspondent à des systèmes de valeur très différents.

On peut tenter de les décrypter à grands traits…

.

Pour une classification des motivations du Mangeur Bio, complémentaires ou exclusives :

(Attention, un argument peut en cacher un autre ...)

.

– Le Mangeur Bio-Ecolo : Sensibilisé aux problèmes environnementaux, il consomme bio pour sauver la planète. Il achète avant tout des produits bio locaux, et porte une attention particulière aux questions de saisonnalité, d’emballage, etc.

C’est la version baba du bio…

.

Le Mangeur c’est Bon – c’est Bio : Sensibilisé à une certaine exigence de goût, il se tourne vers le bio pour certains produits, au nom d’un certain souci de qualité. Dans sa recherche de produits « traditionnels », « artisanaux » ou « authentiques », il refuse les aliments standardisés et sans saveurs de l’industrie agro-alimentaire. Sa consommation n’est forcément pas exclusivement bio, le critère revendiqué étant gustatif et non éthique.

C’est souvent la version bobo du bio …

.

– Le Mangeur Bio-Névro : Sensibilisé aux grandes crises alimentaires, et aux dérives liées à l’industrialisation des produits, il consomme bio pour se sauver lui-même, et apaiser ses angoisses de mort et de maladie (cancer, etc.). Son approche du produit bio est davantage guidée par des notions de vitamines et d’oligo-éléments que de par des critères de goût, de saisonnalité ou d’écologie.

C’est la cible du bio dans sa version la plus marketing…

A part peut-être dans son approche plus baba ( le mangeur type 1), le bio reste un problème de citadin, et  … de riche. Tant mieux, puisque c’est justement à eux qu’il s’adresse (par son discours, et par son prix).

.


………. …. Antioxydants, oméga 3, ou 6, vitamines en toutes lettres (B, C, PP, E, CC…!) : ……………. ….. Le Bio est aussi une promesse (marketing) de vie éternelle….

superfruit

Jus de Grenade Bio.


Tenter de retrouver une certaine confiance quant à l’origine des produits, cette origine qui se dérobe dans les produits anonymes, standards, et uniformes de l’industrie agro-alimentaire.

Et en trame de fond, tenter de conjurer la mort par une alimentation rationnelle, régie en apparence par des principes scientifiques, – destinés à vaincre des angoisses irrationnelles …

Ici, honnêtement, il ne s’agit pas de consommer bio pour sauver le monde mais de payer le prix fort pour se sauver soi-même.

Quitte à avaler des produits étranges, voire carrément infâmes, consommés comme des médicaments…

L’argument santé du bio est souvent celui qui a le plus de poids marketing. Sous des apparences rationnelles, il joue sur des mécanismes affectifs et émotionnels extrêmement puissants.

.

L’exemple des « superfruits »

bio

.

Grenade, Goji, Acaï, Mangoustan, Noni, Mulberry, Noni, Yumberry … Autant de « superfruits » aux sonorités exotiques, qui arrivent des quatre coins du monde à la conquête du consommateur bio.

Des propriétés médicinales étonnantes : ces baies sont en général extrêmement riches en vitamines, anti-oxydants etc.

Des vertus gustatives qui restent toutefois à prouver ! Généralement présentés sous forme de jus, ces fruits sont parfois également proposés en gélule …

Acides, âpres, et souvent amer en fin de bouche … – « mais on s’y fait, et même, à force, on aime  » (sic) précise un représentant d’Elite Naturel à propos de ces jus.

A la première dégustation, difficile de ne pas grimacer en avalant cette version moderne de l’huile de foie de morue.

Et oui, la vie éternelle, ça se mérite !

.

.

Le macaron ? D’accord, parlons-en !

.

Ce billet a été publié dans les Cahiers de la Gastronomie, n°2, Hiver 2010

.

.

Parce qu’il y a effectivement des sujets incontournables pour un blog de cuisine …

..

Il en existe de toutes les couleurs, pour tous les goûts..

..

Il est l’une des préoccupations majeures de la blogosphère culinaire.

Matière à débat. On rivalise à son sujet de recettes, d’astuces et de photographies, toutes plus artistiques les unes que les autres.

.

Depuis quelques années, il vous est servi systématiquement dans les cocktails, à la salle des fêtes de la mairie comme dans les soirées les plus huppées..

.

Il est devenu en quelques années l’ambassadeur de la pâtisserie française.

.

Il est l’objet d’une bataille sans merci entre plusieurs grandes maisons, qui possèdent chacunes leurs bataillons de défenseurs (-seuses…).

Même les touristes eux-même ont pris part au combat.

… Chaque jour, on commet des crimes en son nom … !?!

.

Le macaron ? Parlons-en !

.

D’accord, mais pourquoi tant d’enthousiasme pour ces malheureuses coques de blanc d’oeuf et de poudre d’amande? On ne saurait invoquer une simple affaire de goût. – Il existe tellement de pâtisseries, au répertoire de la gourmandise ! Alors, pourquoi un tel engouement pour celui là, précisément ? Mieux vaut sans doute se demander en quoi le macaron était la meilleure réponse offerte aux tendances de consommation actuelles ?

Il cristallise en effet autre chose que du sucre, et plusieurs de ses caractéristiques le désignaient comme le dessert de l’époque :

C’est un dessert individuel. Contrairement à un gâteau, il ne se partage pas. Impossible. Sinon la coque s’effondre, et avec elle, tout le plaisir de sa légère résistance, avant la fonte … Petit plaisir solitaire : on peut manger des macarons à plusieurs, mais c’est chacun(e) le sien.

C’est également un dessert facile à manger. Pas salissant pour les doigts, il ne laisse aucune trace du péché de gourmandise. – Cette seconde caractéristique fait du macaron le compagnon de route idéal. Street food chic : le macaron se mange plus souvent debout sur le trottoir, qu’assis à table.

C’est une pâtisserie. Sucrée. Un poil régressive. Un peu girly sur les bords : le macaron réconforte les coeurs brisés, booste les hypoglycémies, – et participe de une tendance globale à se ruer sur le sucré.

D’ailleurs, il faut préciser que cette pâtisserie n’est pas vraiment un dessert. Il n’y a pas d’heure pour s’offrir cette petite bouchée. On peut en manger à tout moment de la journée, à 10h, à 16h ou à 18h… – Presque toujours entre les repas, finalement.

Enfin, le macaron, c’est un luxe, une forme de caution du raffinement culturel. Il s’intègre dans une logique du signe et de la valeur du culturo-mondain. Même sous une forme industrielle dégradée version Picard ou Monoprix, le macaron est un produit dont le prix et la fragilité cautionnent la délicatesse ; or, grâce à une sorte de mystérieux transfert, il anoblit celui qui le consomme. – Comme par métonymie …


.

Bon, mais maintenant, le macaron, ça suffit !

.

Le macaron, ça suffit..

Les années 90 ont eu leur fondant au chocolat.

Les années 2000, leur macaron…

Alors à votre avis, quel sera le dessert des 2010′ ?

.

Pour méditer sur la question :

Au pays des macarons, Clémence Boulouque, Mercure de France éd., coll. Le petit Mercure, 2005.
ISBN  2-7152-2568-7

(cf. Bibliothèque gustative et évolutive).

.

Pour le plaisir des mots et des rencontres inattendues, vous pouvez aussi circuler dans le dictionnaire (ici)

Voir aussi  : le crépuscule du macaron ou comment philosopher à coup de marteau (là)

Festival International de la Photographie Culinaire : mais quel goût ont les images ?

Les différences majeures entre les démarches des travaux exposés au Festival International de la Photographie Culinaire sont ici l’occasion de s’interroger sur les enjeux inhérents à la photographie culinaire.

.

Festival International de la Photographie Culinaire : mais quel goût ont les images ?

.

.

…..« Photographie culinaire ».

…..La chose ne va pas de soi.

…..N’y a-t-il pas plutôt une antinomie fondamentale entre la photographie, art visuel, et la cuisine, qui ressortit davantage du plaisir gustatif ?

…..Autrement dit, comment peut-on photographier un goût ?

…..En réalité, derrière toute photographie culinaire, il y a un choix, une prise de position, et une réponse à cette question fondamentale : Quel est le lien entre l’oeil et le goût ?

.

L’imagination.

…..Certaines photos choisissent en effet de travailler sur l’imaginaire gustatif du spectateur, invité à projeter des saveurs sur ce qu’il voit… La sphère du fantasme vient ainsi s’intercaler entre l’oeil et le goût. On est alors dans le domaine de la photographie salivante, alléchante.

…..Pourtant un simple papier glacé, fade et plat.

…..La photographie se fait ici artistique par la mise en scène de son sujet, un plat ou un produit artistique en lui-même. Elle en porte la trace, elle en a fixé la beauté fugitive ; elle en présentifie la saveur…

.

Aucun lien.

….. La photographie culinaire tente parfois au contraire de se couper de la dimension gustative, pour aller jouer dans la cour de la photographie artistique établie.

…..Elle devient alors pur regard, travaillant la matière alimentaire comme un objet plastique, une texture, des couleurs coupés de leur goût.

….. Ce type de photographie flatte l’oeil du spectateur sans faire appel à son imagination gustative. Photographie culinaire ? Disons plutôt photographie à thématique alimentaire.

…..Au risque de passer à côté de sa spécificité même.

.

Les enjeux de cette question, pourtant simple à première vue, concernent donc la nature même de la dimension artistique de la photographie culinaire :
.
…..Repose-t-elle uniquement sur l’art photographique ?

…..A-t-elle au contraire un statut à part, du fait de la nature de son sujet ?
.
…..Chaque photographie est une réponse.
.
Et vous, vous en pensez quoi ?
..
.
Voir aussi l’article consacré aux réponses proposées par les travaux exposés au Festival :